Partager sur :

Enrico CECCHETTI : “Contribuer au débat sur les stratégies et les modèles de décentralisation“


Enrico CECCHETTI préside, depuis 2011, l’“Euro African Partenership for Decentralized Governance ” (EUAP) basé à Florence. Elu local, il a exercé de nombreuses fonctions (conseiller municipal de Lucca, conseiller provincial puis vice-président de la Région Toscane. Enrico CECCHETTI est engagé depuis plus de 15 ans dans la coopération internationale, notamment avec l'Afrique subsaharienne autour du renforcement des capacités des autorités locales et régionales partenaires. L'EUAP vient de signer un protocole de coopération avec Global local forum sur le développement de la régionalisation.

Enrico Cecchetti, vous présidez l’Euro-AfricanPartnership for decentralized governance. Quel est l’objet de cette organisation centrée sur la coopération euroafricaine ?

L’Euro-African Partnership (EUAP Onlus) est née officiellement le 18 Avril 2011 au siège de la Province de Florence, au cours d’une assemblée constitutive promue par les Associations des communes et des provinces de la Toscane (ANCI et UPI) et par un groupe de provinces et de communes de la Région Toscane. Les promoteurs ont voulu donner une continuité aux initiatives développées, à partir de 2005, par le département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (UNDESA) et le Conseil régional de la Toscane avec le soutien du ministère des Affaires étrangères de l’Italie.  L’Association  EUAP Onlus entendait  ainsi donner une suite aux recommandations de la 2ème Conférence des institutions locales régionales européennes et africaines qui s’est tenue à Florence en Novembre 2009, qui avait sollicité fortement la poursuite et le développement des travaux entamés avec le projet UNDESA.


L’Euro-African Partnership vise à soutenir les processus de décentralisation et d’autogouvernement local en Afrique, notamment à travers la construction et le développement de partenariats durables, de longue période entre les entités locales et régionales , et dans la perspective nord-sud et sud-sud.  Les objectifs généraux  d’EUAP sont les suivants :

  • Soutenir les processus de décentralisation et d’autogouvernement local en Afrique pour contribuer au renforcement de la bonne gouvernance, de la démocratie et de la paix, favoriser la participation des citoyens, promouvoir le développent local durable et améliorer la prestation des services ;
  • Contribuer au débat sur les stratégies et les modèles  de décentralisation ;
  • Favoriser les relations entre les institutions locales, régionales, nationales au internationales dans le cadre de la coopération décentralisée ;
  • Favoriser la construction et le développement de partenariats entre institutions régionales et locales européennes et africaines.

Ce n’est évidemment pas un hasard si l’EUAP est né et basé à Florence en Toscane. Depuis plusieurs années des expériences très avancées se sont développées dans cette région, sur les thèmes de l’autogouvernement et du développement local, de la coopération décentralisée et des partenariats territoriaux entre Nord et Sud. Il était donc logique de prolonger activement et de cette manière, constructive et concrète, ces relations euro-africaines.

Vous venez de signer un protocole d’accord avec le Global local forum.  Qu’en attendez-vous ?  

LEUAP a toujours regardé avec un grand intérêt les activités menées par le Global local forum sur les thèmes des relations entre les territoires et son appui au rôle fondamental que les  autorités locales et régionales peuvent jouer  pour favoriser le développement, la participation démocratique et la paix. Nous connaissons bien le Président Abdoulaye SENE, et depuis des années. Alors qu’il était à président de la Région de Fatik au Sénégal, il a beaucoup contribué à construire et développer un important partenariat entre la région de Fatik, et la Province Toscane de Pistoia, avec un rôle central de la diaspora sénégalaise en Toscane.

Je reste convaincu, avec Global local forum et un nombre croissant d’Institutions africaines et internationales, que les thèmes de la décentralisation  et de l’autogouvernement local, seront décisifs pour le futur du continent africain et pas seulement du continent africain évidement.  Et je ne peux oublier ce que, à maintes reprises, des maires et administrateurs/trices locaux  africains nous ont répétés : “nous n’avons pas toujours besoin de consultants et d’experts en gouvernance locale, mais plutôt de nous confronter et d’échanger avec nos collègues Italiens et européens, des collègues qui, bien qu’œuvrant dans des contextes différents des nôtres, font le même métier, d’administrateurs élus ou de fonctionnaires publics”.

Je suis aussi convaincu que c’est sur ces sujets que l’EUAP et ses organisations locales associés, pourront tirer de précieux enseignements et développer des partenariats bénéfiques avec cette collaboration avec  Global local forum. Nous sommes en particulier très intéressés par le sujet de la formation, de la collaboration et de l’échange entre élus et fonctionnaires des entités locales européennes, africaines et d’autres régions du monde. La relance, ajustée, d’initiatives européennes  telles  “Erasmus des élus locaux” pourrait assurément produire des contributions concrètes en ce sens.

L’EUAP collabore déjà très étroitement avec l’Association des Fonctionnaires sans Frontière, constituée de fonctionnaires publics italiens intéressés à collaborer avec leurs collègues africains, à travers des échanges d’expériences et de compétences dans les domaines d’activité des gouvernements régionaux et locaux.

L’autre piste retenue dans ce protocole d’accord concerne la régionalisation en Europe et en Afrique. Ce sujet est également d’actualité en Europe, en Italie, en France… Qu’en pensez-vous ?

La décentralisation, la régionalisation, et en général tout processus qui implique un rôle fort des gouvernements et assemblées électives locales et régionales, sont des choix essentiels pour construire des conditions inclusives et nouvelles non seulement de développement local, de participation des citoyens, mais aussi pour favoriser la coexistence pacifique dans beaucoup de régions frappées par les conflits.

Naturellement, il n’existe pas un modèle unique, ni de réponses identiques à des problèmes qui s’avèrent souvent différents d’un contexte à l’autre. Les échanges d’expériences, les débats, les analyses comparées sont néanmoins fondamentaux et utiles pour tous. Ceci est d’autant plus vrai en cette période actuelle caractérisée par de profonds changements des cadres institutionnels et de gouvernance dans beaucoup de pays, tant au niveau central que  décentralisé. Nous sommes d’accord pour collaborer au projet de publication envisagé. C’est en effet par le dialogue entre les différents protagonistes sur le terrain, le dialogue des territoires porteur d’initiatives novatrices et l’attention, l’écoute et l’interaction des gouvernements, des institutions européennes, régionales et continentales africaines et mondiales et vice versa, que l’on pourra, ensemble, avancer.

Avez-vous des observations plus personnelles en lien avec l’approche territoriale du développement, de la coopération dite décentralisée,  de la décentralisation et de la modernisation des Etats…

Le contexte général  politique et culturel, dans lequel nous œuvrons devient toujours plus difficile, et cela pèse  négativement sur toute démarche. Je pense à la crise économique et sociale et aux difficultés croissantes des finances publiques et celles, en particulier, des autorités régionales et locales, ainsi qu’à l’émergence et la diffusion de graves manifestations de fermeture et de cloisonnement des territoires.

Tout cela pourrait favoriser et donner force à un retour dangereux des processus à tendance centraliste, qui seront présentés à l’opinion publique comme des choix nécessaires à donner plus d’efficience et d’efficacité à  l’administration publique, même si nous savons que c’est tout le contraire.

Il faut donc agir ensemble sur les consciences citoyennes. La dimension territoriale, la gouvernance, la représentation et la participation au niveau local et régionale, le développement de nouvelles formes de relations entre les territoires et les communautés du Nord et du Sud, de l’Afrique et de l’Europe, demeurent des questions décisives aussi bien pour les pays du Nord comme ceux du Sud. Elles sont fondamentales pour le futur commun que nous voulons construire. D’autant que les ressources disponibles s’amenuisent et que le contexte économique et financier a radicalement changé.  Il est donc indispensable de comprendre que la coopération peut être une des solutions qui, avec des démarches  nouvelles, innovantes, nous  aidera à sortir ensemble de la crise.

Alors, les territoires, les communautés, les relations entre les institutions locales et les acteurs de la société civile, pourront apporter une contribution décisive pour un véritable changement de registre. Des relations qui doivent impliquer, conjointement, les institutions locales et régionales, les universités, les écoles, les centres de recherche, les think thanks, et tous les acteurs de la société civile à, but lucratif ou non, publics et privés,  présents sur les territoires.

(Propos recueillis par Pierrick Hamon. Traduction avec l'aide d'Alice Concari et Haram Sidibe)

 

 

Jean-Marie Beaupuy, alors parlementaire européen avait fait voter ce Programe "Erasmus des elus locaux" par le Parlement de Strasbourg. Il est d’accord pour rechercher avec GLF et l'EUAP, les modalités d’une relance de ce programme, très intéressant mais resté sans suite  probablement pour ne pas avoir associé les collaborateurs des Elus dans la durée.

 

La rencontre de Florence et la signature du partenariat en images

Le président Abdoulaye SENE et Pierrick HAMON avec Enrico CECCHETTI et Alice CONCARI (EUAP)

reçus par la vice-présidente de la Région TOSCANE

et avec le Directeur général des services de la Région TOSCANE et le président Enrico CECCHETTI

Réunion de travail au Palais provincial avec Haram SIDIBE, administratrice GLF et Correspondante Italie

A Florence, rencontre avec le Sénateur et ancien Président de la TOSCANE,  Claudio MARTINI,

cofondateur, avec Abdoulaye SENE, de l'ORU FOGAR (l'organisation mondiale des régions)