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Les “villes rurales vertes“ de Songhaï


Résumé. Pour assurer le développement local rural et lutter contre la pauvreté, la décentralisation politico-administrative ne suffit pas. Au Bénin, Songhaï a noué avec les pouvoirs publics un partenariat pour mettre en œuvre un nouveau modèle de ville rurale inclusive, durable et technologique pour maintenir les jeunes à la campagne en leur offrant tous les services auxquels ils aspirent. Des centres du type Songhaï voient le jour dans d’autres pays d’Afrique.

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Auteurs. Léonce SESSOU et Alcide AGBANGLA travaillent au département communication du Centre Songhaï. À propos de Songhaï : Songhaï était un royaume béninois prospère avant l’ère coloniale. C’est aujourd’hui une incroyable initiative de développement local : centres de formation, fermes, caisses de crédit, coopératives, chaînes de montage et de restauration, ateliers de recyclage. Songhaï invite les Africains à prendre en main leur avenir économique et social à partir de micro-réalisations articulées les unes avec les autres, sans rupture avec l›environnement culturel, historique et naturel, sans dépendre des modèles occidentaux qu’il pourrait désormais conseiller. L’histoire de cette étonnante réussite est aussi une théorie du développement concret. Elle est présentée et racontée dans un livre qui témoigne d’une approche intelligente, locale et globale, dans l’univers du tiers-monde. Mais si le livre de Godfrey Nazmujo, fondateur de Songhaï devrait être lu par tous, professionnels et acteurs du développement, notamment en Afrique, il peut surtout servir de référence concrète à bien des responsables des pays dit développés qui recherchent un souffle nouveau plus respectueux de l’environnement. Il pourrait utilement inspirer les responsables politiques et économiques des villes et régions notamment européennes. (NZAMUJO Godfrey, Songhaï. Quand l’Afrique relève la tête. Editions du Cerf. Collection : Histoire à Vif, 2002, 143 pages)

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Texte. Les deux dernières décennies ont connu une amorce de grandes réformes administratives dans plusieurs pays africains. Ces réformes se sont illustrées par la décentralisation. Une forme de gouvernance déconcentrée et jusqu’alors opérée uniquement sur un plan politicoadministratif. Et il est évident aujourd’hui que cette démarche n’a pas déclenché un véritable développement, faute d’une décentralisation plus large – socio-économique - pouvant être un réel instrument de développement rapide pour éradiquer la pauvreté.

Un aménagement rural du millénaire, espoir d’un réel développement durable intégré

À partir de la conférence des forces vives de la nation de février 1990, une nouvelle réforme de l’administration est proposée et reprise dans les articles 150 à 153 de la constitution du 11 décembre 1990 en République du Bénin. Ces articles reconnaissent en effet le droit à la libre administration des collectivités territoriales dotées d’une autonomie financière et dirigée par les organes élus dans les conditions prévues par la loi. En janvier 1993, les États généraux de l’administration territoriale ont été organisés et ont aussi proposé les grandes options de la décentralisation conformément à la constitution. En décembre 2002 et en janvier 2003, le Bénin a fait un important pas dans son processus de décentralisation en organisant les premières élections communales et locales. La décentralisation était désormais entrée dans sa phase active.

À l’épreuve de la réalité, un constat ; le processus n’a été opéré que sur les plans politique et administratif. Quand bien même l’un des principaux objectifs de ce processus est le développement local grâce à une approche participative impliquant pleinement les acteurs locaux à tous les niveaux. Une évidence ; la démarche a montré ses limites. N’ayant pas déclenché un véritable développement, - les aspects social et économique qui devraient être de réels instruments de ce développement des préoccupations politico-administratives.

Comme le Bénin, nombreux sont les pays d’Afrique qui connaissent les mêmes réalités, presque. En plus, la plupart des interventions en faveur du développement sur le continent, se font de manière isolées, sectorielles ; ministères, partenaires au développement, organisations non gouvernementales, ne fédérant pas toujours leurs énergies et ne conjuguant pas leurs efforts… Conséquence, les impacts sont suffisamment peu considérables pour sortir de l’extrême pauvreté les populations à la base, d’une manière efficiente et durable. Question. Que faut-il alors faire ?

Le multipartenariat concerté

Proposer de nouvelles approches pouvant intégrer des actions transversales et un multipartenariat concerté, apparaît la réponse à la question. Une réalité vite saisie par le «génie développeur» de Songhaï. La démarche vise comme principal objectif le développement et la construction d’une fondation solide, pour une croissance rurale large et inclusive, à même d’entraîner une réduction rapide de la pauvreté. Ce qui, pour être opérationnel, appelle d’abord la libération de la capacité de production des populations rurales à qui il est urgent d’offrir des solutions adaptées à leurs réalités. Ensuite, développer des moyens de productions efficaces et des systèmes de production intégrés. Développer enfin un système d’intervention et de protection sociale durable en transformant les pauvres en de producteurs actifs et en les reconnectant ainsi au système économique. Ce qui implique un changement radical de la vision du développement. La nouvelle démarche se proposant de déployer plus efficacement des services publics, en impliquant les populations à la base et en valorisant les ressources locales.

Ainsi, s’offrira aux populations rurales un réel espace décentralisé de développement socio économique. Ce que Songhaï nomme “aménagement rural du millénaire pour l’Afrique“ ou “Village Millénaire“ ou encore “Villes rurales vertes“.

Villes rurales vertes

D’une manière simplifiée le modèle Songhaï de ville rurale verte, dans son essence, s’assimile à un modèle de ville implanté dans un milieu rural et qui regroupe à la fois, en un seul endroit, les trois secteurs de l’économie, interdépendants et complémentaires les uns des autres.L’agriculture se trouve être au coeur de ce système où l’environnement est considéré comme un “partenaire“ privilégié. Cette agriculture s’inscrit dans une logique de durabilité et de compétitivité qui lui permet de déclencher les autres secteurs de l’économie (secondaire et tertiaire) et d’aborder efficacement le triple défi des pays africains : sécurité alimentaire, dégradation de l’environnement, croissance démographique et ses corollaires. Ainsi, dans sa stratégie de déploiement du modèle de Villes rurales vertes, Songhaï met-il l’accent sur six moteurs : une agriculture multifonctionnelle qui soit durable, viable et compétitive, le développement de technologies durables et de pointe (Leapfrogging Technologies), le développement de viviers de ressources humaines appropriées, le développement du capital social/culturel/organisationnel, le développement de sources de financement, le développement des infrastructures (moyens de communication) et accès à l’énergie – spécifiquement les énergies renouvelables décentralisées.

Le modèle constitue ainsi une solution efficace au problème de “bidonvilisation“ auquel se trouvent confrontées les grandes villes car il crée des conditions pouvant maintenir dans les milieux ruraux les jeunes tout en leur offrant les services qu’ils désirent.

Lueur d’espoir

Rendre efficaces les politiques d’aménagement de territoires et relever durablement et efficacement le défi de développement du continent africain impose une démultiplication des villes rurales vertes. Songhaï s’y attelle activement. La création des centres satellites Songhaï dans plusieurs localités du Bénin (Parakou, Savalou et Kinwédji) en est la parfaite illustration. Le gouvernement du Bénin qui a compris toute l’importance de la démarche se range désormais aux côtés du centre, à travers le projet de promotion de l’entreprenariat agricole pour la transformation socio-économique des zones rurales. Ce projet plus connu sous le nom de “projet national“ a été signe le 4 novembre 2011 entre le Centre Songhaï, le gouvernement du Bénin et le Pnud. Il vise la transformation socio-économique des zones rurales du Bénin, à travers la création de six nouveaux centres de type Songhaï dans certaines zones agro-écologiques du pays. Lancé le 19 décembre 2011 avec la formation de cent jeunes gestionnaires de fermes, le projet est dans sa première phase.

Au plan continental, le modèle Songhaï a fait ses preuves. En 2008, les Nations Unies et la Communauté économique des États de l’Afriquede l’Ouest (CEDEAO), conscientes de ce que ce modèle peut apporter aux pays africains dans l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le

Développement, ont noté Songhaï comme centre d’excellence pour l’Afrique. Aujourd’hui, plusieurs projets de promotion de l’entreprenariat agricole inspirés du modèle Songhaï sont en cours d’implantation sur quinze pays du continent. Déjà, des centres de type Songhaï ont vu le jour au Libéria, en Sierra Leone, au Congo-Brazzaville, et au Nigéria qui en abrite le plus grand nombre, et bientôt dans d’autres pays comme le Malawi… Mais « Tant qu’il reste à faire, rien n’est encore fait », comme l’enseigne la sagesse.

Contact : Léonce SESSOU lsessou@songhai.org ou Blandine ARABA blandinearaba@songhai.org

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