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Haram SIDIBE : "La tare historique de la coopération, c'est la fragmentation"


Haram SIDIBE est italienne. Economiste, collaboratrice du Programme KIP-Universitas, elle a été chargée des relations institutionnelles au sein du Dispositif toscan de coopération décentralisée ainsi que de la mise en œuvre de l’Initiative IMADA et du Pôle eau de Florence dans le contexte des Villes-Poles thématiques du PNUD (WACAPPOLES). Après une période professionnelle dans le privé et avec les chambres de commerce, Haram Sidibe s’engage activement dans la coopération internationale à Sienne au sein du "Forum Africa-Siena", une plateforme d’animation du territoire sur les thématiques et les débats du Forum social africain. Elle participe en outre aux initiatives de l’Union Africaine envers la diaspora africaine notamment dans la coopération internationale pilotée par le ministère italien des Affaires étrangères. Haram SIDIBE est membre du conseil d'administration de Global local forum.
 

Vous êtes très engagée en Italie et à Florence en particulier dans une Fondation pour le dialogue euro-africain ainsi que dans la collaboration avec le programme Universitas conduit par Sara Swartz. Pouvez vous nous en dire plus ?

En effet je me suis beaucoup investie, ces dernières années à Florence, dans la coopération régionale de la Toscane avec le Système toscan de la coopération décentralisée, d’abord comme membre active de la Table régionale de concertation pour l’Afrique, qui réunit tous les acteurs de la coopération avec l’Afrique, puis dans l’initiative Euro-African Partnership for Decentralized Governance (EUAP)(1). Un engagement surtout orienté vers la promotion d’une majeure institutionnalisation de la coopération décentralisée, dans le sens d’une meilleure interlocution avec les collectivités locales africaines comme nouveaux acteurs émergents dans de nouveaux espaces d’apprentissage des pratiques de la démocratie de proximité et surtout de promotion du développement territorial. Au niveau de ma province (Sienne), je suis aussi membre du Forum provincial de la solidarité et de la coopération internationale. La Table régionale est un lieu de programmation et de coordination de la coopération et le Forum Provincial est une plateforme d’animation, de réflexion, sensibilisation et restitution de pratiques. Je pense avoir eu un rôle important dans la rencontre et l’accompagnement des institutions locales africaines et européennes, sans oublier bien sur l’implication du Forum social africain dans les débats en Italie et en Afrique autour des thèmes comme l’immigration et les politiques européennes. Une délégation institutionnelle élargie comprenant les citoyens africains de la Toscane a toujours participé à toutes les éditions du FSM qui se sont tenues en Terre africaine. D’ailleurs, en 2007 au FSM de Nairobi, la Région Toscane a organisé un séminaire des collectivités locales, sur leur rôle dans le développement local. Les débats s'y sont déroulés autour des questionnements des représentant de la Société civile. Quant à l’Associazione Euro-African Partnership for decentralised Governance-Onlus, elle naît en 2011, par la volonté politique d’un groupe de collectivités territoriales de la Région Toscane, avec comme but la récupération du patrimoine important d’expériences et de relations d’une Initiative internationale pilote qui avait pris fin en 2009. L’Association est basée à Florence dans les Bureaux de la section Toscane de l’Association Nationale des Communes Italiennes* et les activités doivent effectivement démarrées en automne 2011. L’initiative originelle Euro-African Partnership for Decentralized Governance (EUAP) a eu lieu d’Octobre 2005 jusqu’en Décembre 2009 à Florence, promue par le Département des Affaires économiques et sociales des Nations Unies (UNDESA) et le Conseil Régional de la Toscane, financée par le Ministère Italien des Affaires étrangères. J’ai participé activement et avec beaucoup de conviction à cette initiative et ma rencontre avec les collectivités africaines reste mémorable.

Au cours de ces années, en étroite collaboration avec l’Association Nationale des Communes Italiennes* et l’Union des Provinces Italiennes (ANCI, UPI), l’initiative a joué un rôle de plateforme d’animation ou mieux un Laboratoire de soutien aux processus de décentralisation en Afrique subsaharienne. La promotion de la création de partenariats stables de longue durée entre les Collectivités Locales italiennes et leurs homologues africaines était le moteur de l’initiative et plus d’une centaine de collectivités italiennes et africaines ont été pleinement impliquées, et des conventions de jumelage officialisées aux Journées Européennes du Développement 2008. Ces partenariats avaient comme objectif la connaissance et la reconnaissance réciproque des processus et des acteurs de la décentralisation et de la gouvernance locale, en vue d’un échange mutuel de bonnes pratiques entre les territoires et dans le cadre d’une coopération décentralisée de type nouveau, là où le territoire devient l’espace de dialogue des différentes échelles de gouvernance et de rencontre des acteurs sociaux, et ceci pour une bonne articulation avec le national et l’international. Un grand mérite de l’Initiative a été, dès le départ, de vouloir faire émerger les opportunités et les défis de la leadership des femmes élues locales dans les administrations publiques en Afrique à travers des Conférences, des Séminaires, en Afrique et à Florence, et d’avoir contribuer à l’institutionnalisation de la tenue d’une pré conférence des femmes élues à chaque réunion des Ministres africains en charge à la décentralisation, et à soutenir la création d’un Réseau Euro-africain de femmes élues pour des échanges de bonnes pratiques à partir des réformes législatives (égalité homme-femme) dans les différents contextes, et à travers des forum thématiques on line. Une avancée, dont l’Initiative de Florence se sent marraine, a été la récente création à Tanger du Réseau des femmes élues d’Afrique sous l’égide de CGLUA (Cités et Gouvernements Locaux Unis d'Afrique). Je collabore aujourd'hui au Programme Universitas(2) de l’Initiative KIP (Knowledge, Innovations, Policies and Territorial Practices for the UN Millennium)(3) qui travaille avec des chercheurs, académiciens, professionnels et décideurs politiques originaires des différents pays du Sud et du Nord.

Un territoire, pour vous, c’est quoi? Comment percevez-vous aujourd’hui le rôle des pouvoirs locaux ? En quoi le territoire peut-il être un levier pour le développement économique ?

Le territoire est le lieu des ancrages locaux, vastes et cohérents, qui font ressortir des appartenances et des solidarités vécues pour peser sur les décisions, en mesure d’associer des acteurs différents mais complémentaires en conjuguant les orientations et les équilibres définis par les pouvoirs locaux et les aspirations des groupes locaux. Le territoire en Afrique est aussi là où les comportements humains sont déterminés par des relations complexes et plurielles des individus, des familles et des communautés avec l’environnement, la géographie, l’histoire, la culture, la politique, l’économie et les religions. La notion de territoire de plus en plus présente dans le discours public est généralement utilisée pour invoquer des expériences concrètes, par opposition à la pensée abstraite. Surtout, elle propose la relation entre société et nature et en particulier sur l'interrelation complexe des relations entre la société, l'économie et la nature. Le territoire devient alors un espace idéal pour questionner la nature du modèle de développement et pour affronter les questions relatives à l'exclusion sociale, la réduction de la pauvreté et les défis du développement local dans les milieux urbains et ruraux et promouvoir les initiatives productives qui soient compatibles avec la durabilité environnementale, la création d'emplois, l'équité et le bien-être social.

Global local forum promeut le dialogue des territoires et la coopération décentralisée. Vous avez largement contribué à ce mouvement dans votre pays. Pensez-vous utile d'amplifier le mouvement et comment ? Est-ce un facteur de développement économique ? L'Italie a-t-elle au plan international une spécificité à partager ?

Les pouvoirs locaux du Nord, ceux convaincus des bienfaits réciproques du "Dialogue des territoires et de la coopération décentralisée", devraient en présence du terrain favorable crée par les processus de décentralisation, appuyer au Sud la décentralisation politique et administrative, la gestion et la planification stratégique et participative des territoires en mettant à disposition les connaissances, les ressources humaines, les capacités et expériences mûries, à la libre adaptation aux processus analogues en cours dans les territoires homologues. Les pouvoirs locaux du Nord doivent fondamentalement ouvrir leur territoire, partager et mettre en réseau des acteurs autour des projets, pour construire des relations de partenariats durables et paritaires, dépassant les rapports classiques "donateurs-bénéficiaires", en promouvant la participation et un rapport étroit avec le territoire homologue, et une identification conjointe des programmes de coopération qui valorisent les compétences locales, et qui impulsent le développement économique et social. Quant aux pouvoirs locaux du Sud, ils doivent aider les partenaires de la coopération décentralisée à comprendre les réalités territoriales, à travers une démarche participative de planification stratégique où sont définis collectivement les priorités, les objectifs, les actions à mener et leur rythme d’exécution dans la concertation avec tous les acteurs locaux, tout en assurant la transparence dans la gestion et la retro-information aux communautés, un gage de l’appropriation des actions. Le moment serait aussi bon pour les homologues africains de créer des synergies avec les acteurs sociaux de leur territoire, pour élaborer les priorités stratégiques, des projets clé en tête du territoire, et de rejeter les projets clé en main confectionnés ailleurs, et surtout de tenir compte des décalages des contextes de société, d’affronter clairement les problématiques liées aux stratégies hétérogènes des acteurs mobilisés et surtout les enjeux politiques. Le Partenariat signifiant "échanges égalitaires". Il ne peut certes s'agir d'égalité dans les conditions, ni d'égalitarisme dans les objectifs. Le territoire en tant qu'ensemble intégré d’éléments matériels et immatériels est par essence un lieu de co-construction d’un développement économique aux codes maîtrisés localement, car il est le lieu de liens concrets, des situations concrètes, enracinées avec des acteurs identifiés et une capacité d’organiser la concertation entre les différents acteurs dans le but d’atteindre des objectifs partagés de développement économique local et durable: innovation au niveau local, valorisation des différences et optimisation des ressources locales. Dans ce sens, le processus du développement local est endogène et cumulatif de progrès, de productivité et de réduction des inégalités à long terme, a des coûts sociaux et environnementaux acceptables et inséré dans une matrice socio-culturelle permettant à un nombre croissant d’habitants de passer d’une situation de vulnérabilité et d’insécurité à une situation de plus grande maîtrise de l’incertitude, des instabilités et de satisfaction des besoins fondamentaux. Le développement local devient alors un processus d’apprentissage organisationnel, des conduites et des actions qui rapprochent les citoyens à l’État local et aussi la réalité du territoire dans ce processus nous permet de comprendre la nature du modèle de développement en cours et de s’interroger sur les fondements et de changer de direction par la flexibilité, en ces temps de crise où le local s’affirme comme échelle de résistance ou de possible mise en œuvre de solutions alternatives et durables.

Qu'attendez-vous de Global local forum en particulier dans ce dialogue international, y compris en termes de réseaux ou collaboration avec la Fondation que vous venez de créer ?

Global local forum a beaucoup d’espace dans la promotion du dialogue des territoires et la coopération décentralisée, il doit arriver très vite à la mise en réseau des expériences et des pratiques en mesure d’innover ce dialogue des territoires, avec des mécanismes claires, coordonnés et mutualisés et aller au plus vite aux instruments de mise en œuvre de ce dialogue. je voudrais donner quelques pistes de réflexions sur la base d’observations personnelles :

1. Un bilan de l’expérience de la Table Afrique m’amène clairement à affirmer que la mise en œuvre d’un dialogue entre territoires reste une gageure à cause de l’hétérogénéité des acteurs locaux mobilisés surtout par le Nord et les divergences de leurs intérêts, en premier lieu les relations difficiles entre les CT et les ONG, les premières voulant utiliser les secondes comme opérateurs de leurs programmes de coopération décentralisée, lorsque les secondes cherchent essentiellement un appui à leurs propres actions : soit le référentiel pragmatique et localiste contre une vision tiers-mondiste, l’expérience du développement territorial des collectivités locales en Italie par exemple contre la logique de développeurs du Sud des ONG, la logique ponctuelle du projet contre la perspective du développement inclusif d’une société, la visibilité à court terme contre le développement durable. Force est de constater aussi le manque de réciprocité dans les échanges et la grande asymétrie d’interlocution entre les différents niveaux et acteurs territoriaux de la coopération. La démarche vers un développement humain durable suppose que les reformes politiques, économiques, technologiques et sociales soient accompagnées par la recherche et la mise au point des méthodes de travail et des actions à mutualiser et un grand effort en matière d’information, de formation et d’éducation permanente des cadres, des professionnels et du personnel des structures publiques et privées qui ont un rôle essentiel dans les processus de développement aussi bien au Nord qu’au Sud, donc une vraie formation à la Coopération au développement pour tous (Former pour coopérer et coopérer pour former). Actuellement, à mon avis c’est le personnel des structures privées du nord qui est chargé par la politique publique du Nord de l’identification, formulation et de la mise en œuvre de cette œuvre titanique, à travers des méthodes peu démocratiques. Malgré l’ouverture de l’Union Européenne vers les autorités locales du sud pour des propositions, la formule copiée/collée des projets clés en main continue. Les autorités locales, les associations et la société civile engagées dans la coopération doivent aligner leurs pratiques et les principes actuels en changeant les processus décisionnels qui doivent devenir plus horizontaux et participatifs, non plus centralisés et autoritaires, en mesure d’impulser des changements significatifs et des transformations sociales positives.

2. Je me suis rendue effectivement compte à travers les différentes activités de formation d’Universitas de l’importance de la planification stratégique participative au niveau des territoires à l’intérieur des Programmes de développement local dans ce cas précis du PNUD. La formation des groupes de travail au niveau des territoires, en l’occurrence la Région est considérée comme un espace optimal de planification du développement local, l’interlocution entre les acteurs des différents échelles est assurée du local au central, les GTR (Groupe de travail régional) avec l’appui des experts nationaux et internationaux identifient de manière participative les ressources matérielles et immatérielles du territoire, décident des priorités de développement et élaborent les lignes directrices qui sont soumis à toutes les coopérations internationales qui en tiennent compte. Les agences de développement local y jouent un rôle de support essentiel.. Cette démarche permet à mon avis plus de chance d’éviter la tare historique de la coopération, c'est-à-dire la fragmentation et une meilleure application des principes de la déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide. Jusqu’à maintenant à part la récente création du Programme ART GOLD Sénégal, l’Afrique Subsaharienne est restée en marge de ce type de démarche très important pour un quelconque dialogue des territoires. Le rôle dans cette démarche des Universités est déterminant car Universitas Programme les exhorte à s’ouvrir sur le territoire et à suivre les programmes locaux de développement, à faire de la recherche action, a systématiser les excellences, à se confronter avec d’autres excellences des territoires en dialogue et à vérifier leur applicabilité dans leurs contextes. Dans cette démarche, Global local forum pourrait jouer un rôle aussi bien dans la mobilisation des universités au Nord et au Sud et la création des Laboratoires au niveau local contribuant à la création de l’École internationale du développement humain et de la coopération de KIP(3).

3. Une autre contribution importante soulevé dans un débat récent de Global local forum serait d’emphatiser plus sur le rôle de la diaspora dans le dialogue des territoires et la coopération décentralisée, un thème où l’opposition déguisée des ONG et le manque de vision des collectivités, malgré quelques discours de façade sur le co-développement, demeure un potentiel dormant, souvent frustré dans la construction de projets économiques viables, de liens entre diasporas, institutions et pays d’origine, à mon avis un problème d’enjeux politiques et de fermeture des acteurs traditionnels. Il serait très utile d’amplifier le mouvement car il y a à tous les niveaux (politiques, fonctionnaires, cadres et professionnels, étudiants) des acteurs critiques, d’abord les membres fondateurs pourraient mobiliser leurs connaissances pour la mise en réseau d’expériences et de pratiques en mesure d’innover le dialogue des territoires, avec des mécanismes claires, coordonnés et mutualisés. Cet objectif pourra être atteint seulement si les acteurs membres fondateurs du Sud pourront démontrer clairement les causes structurelles qui ne font que s’amplifier du manque de réciprocité et l’asymétrie dans les niveaux et les acteurs en interlocution, les contradictions et les incohérences des politiques globales, bref le paradoxe d’une coopération subie. Ceci suppose leurs capacités d’indiquer clairement la place majeure que doivent occuper les territoires dans l’apprentissage de la citoyenneté, ce qui suppose de pouvoir transformer son environnement, de pouvoir énoncer ses responsabilités, de voir dans l’institution des communautés, la capacité à définir ensemble des règles. Les préceptes . Le think thank Global local forum doit être franc et ouvert, critique et capable de propositions pour être crédible.

Quelle pourrait être votre contribution plus personnelle ?

La contribution au mouvement dans mon pays pourrait se situer dans mon parcours professionnel, dans mes responsabilités dans les activités professionnelles, entre ma région d’adoption, la Toscane, et mon pays d’origine, le Mali, à travers les conventions de coopération, dans la mobilisation d’acteurs très diversifiés comme des fonctionnaires départementaux, mais surtout des collectivités locales, leur association nationale, des universitaires, chercheurs, écoles, fédérations sportives et associations locales, avec l’implication, à chaque niveau de gouvernance, d’un groupe de travail, et l’instauration de méthodes de travail respectueuses de principes d’équité et de réciprocité dans les rapports, mais aussi dans la promotion de l’information et la participation de la société civile. C'est-à-dire, une phase d’identification d’acteurs concrets sur le territoire, efficacement mobilisables pour un futur dialogue des territoires et de la coopération décentralisée. Le dialogue des territoires est bien sur un facteur de développement économique, si toutefois il est porteur d’innovation en terme d’échanges mutuels et paritaires d’expériences d’excellence des territoires et de possibilité de développement de la formation professionnelle pratique pour tous les acteurs en charge de la gouvernance des territoires. Le développement dans sa dimension territoriale doit constituer une stratégie fondée sur les capacités de coopération des acteurs locaux pour satisfaire les besoins de leurs communautés. Il s’agit d’un développement endogène gouverné par les acteurs locaux et basé sur des facteurs de productivité enraciné sur le territoire. En fait, un processus qui suppose autonomie dans le processus de transformation du système économique local, qui souligne la centralité des processus décisionnels des acteurs sociaux locaux et leur capacité de contrôler et d’internaliser les connaissances et les informations externes, avec l’utilisation des ressources locales (travail, capital accumulé par le territoire entreprenariat, connaissances spécifiques sur les processus de production, professionnalités spécifiques, ressources matérielles). Ce développement qui doit être participatif et intégré au niveau des communautés locales doit constituer une clé de voûte au développement globale, mais le développement local doit être structurellement ancré aux politiques de développement national et aux processus internationaux de développement, parce que l’approche moderne du développement doit tenir compte des contraintes et des opportunités de la globalisation, le développement local aujourd’hui plus qu’hier ne dépend plus des seules forces locales.

Avez-vous une expérience dont vous aimeriez nous faire part à ce sujet ?

J’aime parler en général de mes expériences professionnelles et humaines avec les collectivités africaines très engagées sur le sort de leur territoire, qui m’ont donné beaucoup d’informations sur l’état des lieux d’une coopération décentralisée sur laquelle, elles avaient misé beaucoup et qui risque d’être seulement une articulation au niveau local des vieilles pratiques. Ma dernière contribution à la coopération régionale (2010) a été l’implémentation de l’idéologie d’une démarche de projet d’un appel à proposition NSA Europaid - Non-state actors and local authorities in development(4), qui a vu le partenariat entre quatre régions du Burkina et deux régions du Sénégal, une région française et deux régions italiennes y compris la Région Toscane en chef de file. Le projet à été approuvé par Europaid intitulé "L’approche territoriale régionale : un espace optimal pour la mise en œuvre des principes de l’efficacité de l’aide". Le lancement officiel a lieu dans les prochains jours à Florence. Ma participation a été importante durant les phases procédurales Europaid, dans la mobilisation des Régions africaines, l’information continue, jusqu’à l’approbation définitive, malheureusement je ne suis pas impliquée dans la mise en œuvre. Donc pour vous dire ma conviction sur le principe de ce type d’approche.

L'Italie, forte de ses traditions régionales et de ses institutions réellement décentralisées, constitue t-elle une référence en la matière aussi ?

L’Italie à mon avis a développé beaucoup d’expérience dans l’approche territoriale du développement, mis à part les dérives localistes. On parle de système territorial : économie, société, territoire qui se mobilisent ensemble avec l’objectif de valoriser le contexte, d’introduire des institutions spécifiques (institutions intermédiaires , agence de développement local, centre de formation, centres de services et pôles des innovations, etc). Ce système territorial gouverne le processus de transformation, de mise en œuvre par exemple du Plan Intégré de Territoire, un guide pour une démarche qui favorise l’intégration des initiatives et la valorisation des compétences du territoire. Le PIT, représente une approche intégrée et participative au développement local qui doit être basé sur des expériences du passé et sur les expérimentations en cours et ainsi que les expériences qui émergent des activités de recherche Une autre spécificité de l’Italie à partager avec l’internationale est celle liée surtout aux districts de production des petites et moyennes entreprises artisanales et industrielles. Ces districts de production sont définis comme entité socio-territoriale caractérisée sur une aire territoriale définie, du point de vue nature et histoire et vécue par une communauté de personnes et un réseau de compétences. Donc le territoire comme communauté, ressources humaines, de relations sociales, connaissances et propension culturelle à l’entreprenariat, marqué par la flexibilité et l’adaptation du processus productif aux mutations internes et externes.

Vous qui avez soutenu l'initiative Global Local Forum, auriez-vous des propositions notamment concernant l'Euroafrican Partnership dont vous nous avez parlé ?

Les perspectives de collaboration de Global local forum avec la nouvelle association Euroafrican Partnerships sont, à mon avis, envisageables dans le cadre du dialogue des territoires et de la coopération, ceci via l’identification de méthodologies, d’instruments menant à des pratiques innovantes et à une synergie entre collectivités territoriales des différents pays européens en mesure de répondre aux priorités collectives, définies avec les Collectivités territoriales du Sud.. Le dialogue implique l’humilité et l’empathie, qualités qui manquent souvent à la coopération. Le dialogue des territoires ne peut donc qu’être salutaire. Global local forum pourrait collaborer aussi avec une autre naissante association coordonnée par Mr Fabrizio Pizzanelli, “Fonctionnaires sans frontière”, qui a été crée par les mêmes acteurs pour mobiliser l’expertise des fonctionnaires italiens. L’association a comme but la collaboration avec les administrations locales africaines à travers la participation des fonctionnaires des services publics aux projets de coopération internationale sur les thèmes de la démocratie, des processus de décentralisation, de la gouvernance et du développement local. Je ne saurais terminer sans exprimer ma profonde gratitude à l’initiateur de toutes ces activités et ancien coordinateur de l’initiative Euro-African Partnership for Decentralized Governance, M. Enrico Cecchetti(5), un grand administrateur local qui a parcouru toutes les échelles de la gouvernance territoriale en Toscane, un homme convaincu de ce qu’il définit la cooperazione decentrata da territorio a territoiro, un voyageur des territoires africains, surtout un homme convaincu qu’en croisant les regards et en ayant en toile de fond les territoires une Autre Afrique est possible, meilleure pour tous les africains et pour le monde entier.

(Propos recueillis par Pierrick Hamon - 19 août 2014)


* ANCI-Toscana : www.ancitoscana.it

(1) The Euro-African Partnership for Decentralised Governance :  http://www.global-local-forum.com/pages.asp?ref_page=8111

(2) Le Programme Universitas* de l’Initiative KIP (Knowledge, Innovations, Policies and Territorial Practices for the UN Millennium), travaille avec des chercheurs, académiciens, professionnels et décideurs politiques originaires des différents pays du Sud et du Nord. Il s'agit de promouvoir la recherche-action, le développement professionnel, les cours de niveau universitaire et la diffusion des connaissances liées aux objectifs de la Plateforme du Millénaire des Nations Unies. Le programme organise des cours intensifs (cours d’été) et remet des diplômes post universitaires. Il fournit l’assistance technique pour la mise en place des laboratoires locaux de développement humain qui encouragent la systématisation de la pratique, la recherche action pour l'innovation (production de l’intelligence collective au niveau local) et les échanges internationaux entre chercheurs, praticiens et étudiants. Dans les pays intéressés, ces activités sont guidées, au niveau national, par un comité de pilotage présidé par le ministère de l'Enseignement supérieur et autres institutions nationales pertinentes. Lorsque l'intérêt existe, le programme facilite l'établissement de partenariats internationaux des universités et la coopération décentralisée pour la mise en œuvre de ces activités. http://www.universitasforum.org/index.php/ojs/index

http://www.global-local-forum.com/pages.asp?ref_arbo=1868&ref_page=5405

(3) KIP, voir interview de Luciano Carrino : http://www.global-local-forum.com/pages.asp?ref_arbo=1867&ref_page=5403

(4) http://ec.europa.eu/europeaid/how/finance/dci/non_state_actors_en.htm Non-state actors and local authorities in development, programme qui avait été initié par Juliette Soulabaille (CDR) alors membre du Comité des Régions et aujourd'hui administratrice de GLF, et Pierre Schapira, alors député européen, maire adjoint de la Ville de Paris en charge des affaires internationales et européennes.

(5) Enrico Cecchetti vient de publier "Un carnet de voyages en Afrique" préfacé par Haram Sidibé. Après une longue expérience d'administrateur local et d'engagement politique dans la Province de Lucca, il a été conseiller régional et Vice-Président du Conseil Régional de la Toscane. Actuellement promoteur de la nouvelle association "Associazione Euroafrican Partnership for decentralised Governance"et de l'Associazione "Funzionari senza Frontiere, il est administrateur dans la Deputazione, administrateur de la Fondazione Monte dei Paschi di Siena.