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Adama N’DONGO, économiste de la santé, président fondateur d’IDEM Microfinance : « Le territoire est d’abord une identité »


Prix d’Excellence de la meilleure thèse professionnelle en économie & gestion de la santé, organisé par la Revue des Editions de la Santé & Territoire et le Laboratoire LIRSA pour la thèse : « système de protection sociale en Afrique subsaharienne – Mise en place d’un système assurantiel, Cas du Sénégal et de la Mauritanie. », Adama N’DONGO, livre son témoignage :

Je voudrais remercier et partager ce succès  avec mes collègues de Global Local Forum, pour leurs contributions diverses et riches depuis de nombreuses années sur ma recherche, concernant les nouvelles dynamiques de territoires en matière de développement économique, à travers les systèmes de protections sociales, notamment en santé, comme principale ressource de toute économie normalement structurée. Le territoire est tout d’abord une question d’identité à travers le monde, et nous allons essayer de souligner dans cet article son importance dans l’évolution des politiques publiques relative au développement économique local en Afrique à travers les modèles existants, tout en tenant compte des spécificités ou réalités africaines.

En Afrique de l’Ouest, le développement des systèmes de santé souffre d’une insuffisance criante de mécanismes de protection sociale aux regards des inégalités santé dans les territoires.

En effet, le taux de couverture sanitaire reste globalement très faible dans les pays subsahariens et le niveau de dépense totale de santé consacrée au financement du système de santé estimé à moins de 5% du PIB (OMS 2015), et pourtant le domaine de la santé est un axe prioritaire et stratégique. Aussi, l’introduction de réformes des systèmes de protection sociale généralisée en faveur des populations est plus que jamais nécessaire dans les territoires décentralisés des pays en voie de développement. Elle suppose l’amélioration des performances des systèmes de santé par une approche régionale, laquelle prend une dimension stratégique, à promouvoir avec comme défi de revaloriser le niveau de positionnement de la politique de santé dans les arbitrages budgétaires, du rôle de la protection sociale et du financement des missions de service public de santé en milieux urbain et rural.

L’enjeu consiste à mettre en place une stratégie sous-régionale des politiques de santé, relatives à la lutte contre les risques et l’insécurité sociale, dans les sociétés contemporaines en termes de coopération transfrontalière, entre les hôpitaux, centres médicaux, usagers (patients) et les administrations partageant les mêmes préoccupations pour la mise en place d’un système assurantiel efficace, où la coordination des politiques de santé entre la Mauritanie et le Sénégal (dans la vallée du fleuve Sénégal) est réellement engagée en termes de décentralisation (coopération transfrontalière), de coordination de prise en charge des parcours patients dans le système de santé et le partage des expériences sur les moyens de couverture sanitaire (couverture maladie) et le développement de la mutualité (Cas de la mutuelle de la vallée, MSV).

Aussi, ce modèle de transition de l’assurance maladie s’inspire de l’expérience française de la protection universelle maladie (PUMA) afin de permettre aux autorités mauritaniennes et sénégalaises d’apprécier les possibilités de partage d’expérience et d’évaluer leurs modèles de protection sociale en fonction des besoins des populations de la vallée du fleuve et faciliter son extension progressive au niveau national pour des millions de personnes.

Delors, il semble évident que l’accès aux soins de santé de qualité dans ces territoires pose problème pour des millions de personnes, notamment dans cet espace transfrontalier. Aussi, j’ai souhaité concevoir un dispositif de protection sanitaire et sociale pour les populations les plus vulnérables de la vallée du fleuve Sénégal, par le biais du mutualisme et d’une réelle approche décentralisée de la question de la santé.

A cet effet, la décentralisation reste un levier important de développement économique pour les collectivités locales africaines. Elle constitue une solution adaptée à la maitrise des enjeux de la santé de demain dans nos territoires, fonctionnant sur des logiques communautaristes. Ainsi, il semble intéressant de retenir dans cet article, que le mouvement mutualiste est apparu comme le modèle à suivre à la fois en termes de rapide adhésion des populations aux mécanismes de protection sociale (santé), du maillage de territoire, et surtout de promouvoir le rapprochement des communautés dans la vision nouvelle de la lutte contre les adversités ou de la pauvreté.

Par exemple, en obtenant le second prix d’excellence de la Revue des Editions Santé & Territoire pour ma thèse, je reste confiant quant au développement du projet pilote de la mutuelle dans sa première phase qui a lieu dans la commune rurale de Fanaye (situé dans le Département de Podor, Nord du Sénégal) pour l’accès aux soins essentiels, (cible estimée à environ 42.000 personnes en 2015).

La seconde phase du programme s’intéresse à développer le dispositif de la mutuelle de santé dans une zone péri-urbaine de la ville de Nouakchott (Mauritanie) pour pallier l’absence d’un régime obligatoire pour la majorité des citoyens mauritaniens.

Ce programme de développement de mutuelle de santé dans les territoires, sera mis en place, grâce à notre dispositif de microfinance, dit Réseau d’Epargne et de Crédit de Caisses Autonomes de Proximité (RECAP). Ce réseau, nous permettra de participer à la mise en place d’un régime d’assurance maladie dans les territoires sous dotés, et donc de l’extension de la couverture maladie universelle qui constitue une autre piste de réduction des inégalités sanitaires, tout en maîtrisant l’ensemble des phénomes liés aux problèmes d’asymétrie informationnelle, pour des habitants aux comportements stratégiques multiples compte tenu des difficultés que rencontrent dans les pays en développement.

Cette dynamique réflexion a été primé par les membres du jury du Prix d’Excellence de la Revue pour ma thèse : « système de protection sociale en Afrique subsaharienne – Mise en place d’un système assurantiel, Cas du Sénégal et de la Mauritanie. » Ainsi, comme Economiste de la santé, diplômé du Label de la Conférence des Grandes Ecoles de France, je voudrais remercier l’ensemble des autorités sanitaires mauritaniennes, sénégalaises et françaises pour leurs implications au succès de ma recherche, et à la réussite du projet de la mutuelle de la vallée et nos populations pour ce succès, tout en souhaitant que cette réflexion soit bénéfique aux acteurs territoriaux et à ceux du développement économique local.

En fin, je suis très reconnais envers notre mouvement Global Local Forum, très actif et ce réseau de think tanks représente une des meilleures sources de réflexion sur le dialogue des territoires, permettant de développer et de démontrer nos solides réflexions sur l’appropriation des outils de la décentralisation effective, pour la diffusion des « savoirs nouveaux » dans les territoires.

Grâce aux propositions de très hauts niveaux, que nous avons positionnés avec Global local forum ces dernières années dans les instances internationales, notamment au sein de l’Union Européenne, de l’OCDE, de l’UEMOA et auprès des autorités ministérielles en charge de la décentralisation, nous restons convaincus que les efforts et opportunités de changement actuel qui s’offrent à nous constituent des pistes de coopération durable entre nos territoires, avec un niveau de maîtrise des enjeux stratégiques dimensionnés aux réalités  locales des collectivités , où les inégalités sociales pourrons être réduites, tout en intégrant dans le cœur de la réflexion de chaque politique locale, la notion de la dimension identitaire, culturelle en termes de sentiment d’appartenance au sens du vouloir vivre ensemble, du savoir local pour une meilleure cohésion sociale (solidarité, coopération) entre les acteurs du territoire.

Cette nouvelle dynamique de réflexion sur le devenir de nos territoires - santé est une approche permettant à nos populations et à nos administrateurs de mener à bien les activités de collaboration pour développer de nouvelles logiques de stratégie de santé-territoire et donc de défendre une approche de régionalisation fonction des enjeux locaux et des efforts organisationnels et financiers, adaptés au développement économique local et des socles de protection sociale. L’ensemble des acteurs des systèmes de santé doivent être pleinement associer au processus de réflexion de l’axe stratégie- santé et territoire, afin de définir des politiques et des moyens justes d’améliorer les niveaux de vies dans les régions souffrant d’une inégale répartition des ressources nationales et d’une autre forme de prise en compte des aspirations profondes des populations locales (langue, identité, culture...).