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Atakpamé (Togo) - Niort (France) : une coopération décentralisée vraiment durable


Les responsables togolais et français des deux villes, célébreront, le 6 février prochain à Niort (Assemblée générale), les 30 ans de cette coopération décentralisée, une coopération décentralisée exemplaire même si leurs auteurs n’aiment pas trop qu’on les présente ainsi.

Le président Abdoulaye Sene et l’équipe du Global local forum adressent aux maires comme aux populations d’Atakpamé et de Niort ainsi qu'à ceux de Cové au Bénin, et aux animateurs de l’ANJCA, dont le président, notre ami André Pineau, leurs très vives félicitations avec leurs meilleurs vœux pour les 30 prochaines années.

Feram : Voilà exactement 30 ans que la Ville de Niort est en coopération avec la Ville d’Atakpamé au Togo, une ville de 100 000 habitants aujourd’hui. André Pineau, Conseiller Municipal de René Gaillard en 1986, vous êtes à l’origine, et toujours au cœur du dispositif, quelles sont les principales leçons que vous pouvez en dégager ?

François Pineau : Durée et continuité sont deux aspects indiscutables de notre démarche. Ils sont indispensables pour avoir de véritables résultats qui comptent vraiment dans la vie d’une collectivité locale de cette importance. Ainsi, oui vraiment depuis 30 ans cette coopération n’a jamais cessé. Nous avons eu de réels moments d’interrogation en particulier au moment des terribles évènements de 1991 où nos partenaires ont été un long moment dans la clandestinité, puis en 2005, suite aux contestations des résultats de l’élection présidentielle avec une forte répression à Atakpamé qui a fait une cinquantaine de morts ! Y compris dans ces moments difficiles, nous avons maintenu le cap de cette coopération et donc notre réel soutien aux projets qui se réalisaient.

F : Quelles sont les autres particularités de cette coopération

FP : Dès les premières années nous avons compris que la mise en œuvre d’une coopération au service du développement local devait se faire par les acteurs locaux eux-mêmes, avec leurs compétences enracinées dans le milieu et que nous n’avions donc pas à nous substituer aux entreprises locales ni non plus aux techniciens de la collectivité. Ainsi la réalisation des projets fait l’objet d’un appel d’offres. Une fois le projet réalisé, nous n’intervenons pas non plus dans son fonctionnement, sa gestion, ou dans son animation. Ce serait mettre le doigt dans une logique ancienne. Ainsi par exemple la bibliothèque municipale, que cette coopération a cofinancée, est animée par des salariés de la Mairie d’Atakpamé. Sa gestion est municipale. Il en va ainsi des marchés municipaux spécialisés dans les céréales, ou les fruits, ou les légumes ou encore les poissons… qui sont tous animés et gérés par des groupements de femmes très bien organisés avec un système de taxes municipales. Une fois un investissement réalisé il est indispensable qu’il puisse fonctionner en toute autonomie locale et sous l’entière responsabilité de la collectivité qui en assure la gestion et l‘entretien.

: Avez-vous le sentiment que la coopération décentralisée peut aussi servir au développement de la démocratie ?

FP : Bon, il faut sans aucun doute rester très modeste et dans des pays où la décentralisation n’est pas comparable à la nôtre, le contexte reste difficile.

Cependant, dans un pays comme le Togo où les « Délégations Spéciales » qui ne devaient durer que quelques mois en 2001, et sont encore en vigueur aujourd’hui, nous avons su provoquer, par cette coopération, et avec l’association du jumelage-coopération de leur ville, une démocratie locale au travers du choix des projets avec la participation des Conseils de développement des quartiers et des groupements professionnels qui expriment régulièrement leurs priorités à la Commune pour tel point d’eau, une école, un marché ou l’assainissement… Bien entendu, et comme chez nous ce n’est pas parfait, loin s’en faut. Mais il s’agit cependant d’une contribution non négligeable. Cette démarche est maintenant assez bien enracinée.

 

F : Et pourquoi avec ouvert votre coopération à une autre ville du Bénin ?

 

FP : Effectivement, voilà bientôt 10 ans que la Commune de Covè, 45 000 habitants, au Bénin voisin, participe à cette coopération. Pour nous, ce fut une démarche très volontariste d’associer deux collectivités du Sud pour des échanges entre elles et dépasser quelque peu le Nord-Sud qui a aussi ses limites. Il fallait donc une collectivité proche mais différente. Le Bénin voisin permet ces échanges assez facilement entre Covè et Atakpamé. Il a aussi l’intérêt d’avoir des alternances politiques au niveau national et des collectivités locales élus avec plus d’autonomie qu’au Togo. Tout cela n’est pas sans intérêt dans ce type d’échanges.

 

F : Après 30 ans vous continuez comme au tout début ?

 

FP : Bien entendu que non, de part et d’autre il n’y a pas forcément le même enthousiasme que dans les premières années. Nous avons énormément évolués. Nous sommes rigoureux en termes de gestion, d’échanges… nous avons mis au point une méthodologie qui peut servir à d’autres Communes petites ou grandes.  D’ailleurs, depuis deux ans nous sommes surpris d’apprendre que des délégations municipales se déplacent à Atakpamé, non pas pour y faire du tourisme, mais pour voir et comprendre les pratiques de cette coopération décentralisée. Ainsi des délégations sont venues de Communes du Cameroun, de la Cote d’Ivoire, du Congo, du Gabon, du Tchad, du Mali, du Bénin, mais aussi du Togo : Bassar, Sokodé, Kpalimé, Kara, Tohoun ! Toutes ces Communes sont à la recherche d’outils pour leur propre développement et elles espèrent, elles aussi, que la coopération décentralisée pourra jouer un rôle.  Avec des moyens de communication beaucoup plus modestes que chez nous, les nouvelles circulent cependant dans l’Ouest africain et la Commune d’Atakpamé est devenue un point de référence dans cette grande région.  Nos partenaires en sont évidemment très fiers. Peut-être que nous ici à Niort nous n’en n’avons pas pleinement pris conscience et que nous ne sommes pas forcément à la hauteur des enjeux ? Mais il est peut-être sain finalement que cet indicateur nous arrive plutôt de l’Ouest africain.

 

F : Et pour conclure ?

 

FP : Attention, cette coopération n’est ni parfaite, ni exemplaire. Après 30 ans de coopération décentralisée, ce n’est pas une fin. C’est un carrefour, c’est la rencontre, c’est la complémentarité de l’action associative citoyenne et de l’action municipale institutionnelle. Les deux sont indispensables et complémentaires ; c’est la rencontre de citoyens et de collectivités de villes du Sud et du Nord. D’un côté dans une Afrique qui a connu l’esclavage, la colonisation, le pillage des matières premières, et encore aujourd’hui… et de l’autre d’une Europe bien imparfaite, mais avec ses valeurs de démocratie, de liberté et ses institutions sociales…  Dans cette période de graves turbulences sur le plan de la sécurité, des idéologies fanatiques, des restrictions financières, d’un important chômage… notre mission est donc loin d’être terminée. Ce n’est pas le moment de baisser les bras et d’être pessimistes… Nous avons besoin au contraire de plus d’énergie et de prise d’initiatives. C’est dans les durs moments qu’il faut savoir rebondir. C’est vital.  C’est donc le moment de faire preuve d’ouverture d’esprit et de recherche. Et non pas de se replier sur nos petits problèmes. Les collectivités des pays africains ont des défis autrement plus redoutables que nous à relever. Poursuivons notre route. Elle est difficile certes, mais n’est-elle pas passionnante ?

 

Propos recueillis pas Pierrick Hamon

 

Contact :

André PINEAU, Président de l'ANJCA.

12, rue J. Cugnot 79000 NIORT

Tél. : 05 49 09 07 12

E-mail : anjca.niort@free.fr

http://anjca.free.fr

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