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Colloque sur les relations Europe-Tunisie


Imed FRIKHA dirige la Maison de la Tunisie à Paris. Enseignant à la Faculté des Sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, Imed FRIKHA est chargé de la coopération académique internationale, de la recherche scientifique et de l’évaluation à l’Université de Tunis. 
Lors de la révolution tunisienne il a été chef du cabinet du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.
 Imed FRIKHA est l’auteur de nombreux articles de recherche portant sur le droit international et le droit de l’Union européenne. Entretien.

Global local forum : Vous avez organisé ces 27 et 28 novembre 2015 à Paris un colloque sur les relations Europe-Tunisie, avec comme sous titre : "vers l'exception tunisienne".  Pourriez-vous nous préciser la signification ainsi que l'origine de ce choix ? Est ce un prolongement de la Révolution de Jasmin ?

Imed FRIKHA : Ce colloque était le deuxième colloque organisé par la Fondation de la Maison de Tunisie – Cité internationale universitaire de Paris dans le cadre de la dynamisation de son activité scientifique et ce suite au succès du colloque « Bourguiba, une modernité tunisienne ? » des 6 et 7 juin dernier. Ce fut aussi l’occasion d’établir des partenariats avec des laboratoires de recherche des universités tunisiennes. En partenariat avec le laboratoire de Recherche en Droit International et Européen et Relations Maghreb-Europe de la Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales de Tunis – Université de Carthage et avec le Professeur Haykel Ben Mahfoudh, directeur du laboratoire, nous avions choisi de traiter la question des rapports entre la Tunisie et l’Union européenne sous un angle de prospective stratégique.

A l’occasion de la célébration du 20ème anniversaire de l’accord d’association du 17 juillet 1995 et le déclenchement des négociations pour une nouvelle phase de consolidation qui pourrait donner lieu à un nouvel « accord de libre échange complet et approfondi », et à la lumière des bilans mitigés des phases précédentes, les intervenants au colloque se sont ainsi interrogé, chacun dans son domaine, à propos du concept de consolidation. 

L’évolution de la transition politique vers une démocratie pluraliste et les avancées réalisées par la Tunisie au niveau du premier pilier de l’association (volet de coopération politique) auxquelles s’ajoute la multiplicité des défis communs (migration, sécurité, terrorisme, trafics illicites, crises identitaires …) changent complètement la donne. Les intervenants au colloque se sont posé la questio d’un statut exceptionnel plus approprié et qui représenterait plus qu’une simple consolidation, dans la continuité, des rapports existants.          

La troisième séance, le samedi matin, met en avant la nécessité d'un partenariat plus étroit entre les peuples. Quel contenu donnez-vous à cette orientation pour qu'elle ne reste pas une incantation ? Est ce une question seulement juridique ? Quel sens donnez-vous à la mise en place d'une vraie décentralisation avec les prochaines élections locales et régionales ?

Les rapports entre les Etats tiers méditerranéens et l’Union européenne ont bénéficié, depuis l’origine de la création des Communautés européennes, d’une parfaite continuité. Ces rapports ont suivi des approfondissements et des fléchissements dictés par le changement de la conjoncture internationale et l’évolution de l’intégration européenne. Des rapports qualifiés de « rénovés », de « renforcés », de « relancés » et d’« approfondis » tout au long des dernières décennies, prouvent l’existence d’une volonté partagée, de part et d’autre des deux rives de la Méditerranée, de préserver des liens privilégiés en perpétuelle gestation.

C’est ainsi que le champ matériel de ces rapports a évolué de la simple assistance dans le cadre d’une coopération commerciale et économique au cours des années 60 à un partenariat global et multidimensionnel à partir de 1995. L'Union européenne, souhaitant jouer un plus grand rôle sur la scène internationale suite à l'entrée en vigueur du traité de Maastricht, en 1993, et à l’adoption de la politique européenne de voisinage en 2004, a proposé cette nouvelle approche qui a été bien accueillie. Ceci a été dû au fait que ce partenariat euro-méditerranéen a englobé, outre les aspects économiques et financiers, des aspects politiques et de sécurité ainsi que des aspects d'ordre social, humain et culturel.

Toutefois, et malgré l’édification de certaines actions, le troisième pilier du partenariat, le volet culturel, social et humain, reste le parent pauvre du partenariat. Les parties continuent à rappeler, d’une phase à l’autre, la nécessité de l'allégement de la pression migratoire par l'appui de l'Union européenne des programmes de la formation professionnelle, l'amélioration des conditions de vie, la promotion des droits sociaux. Le développement des ressources humaines a été élevé au rang d’une priorité qui fait l'objet d'un dialogue régulier à propos des politiques en matière d'enseignement et de formation et la coopération en faveur de la société civile.

Cela n’a pas empêché l’ancrage des crises identitaires et la détérioration de la perception mutuelle ce qui rend urgent la mise en place d’un partenariat plus étroit entre les peuples impliquant tous les acteurs sans exclusion. Les intervenants de la troisième séance ont formulé de nouvelles pistes et idées à ce propos.    

Pour ce qui concerne les coopérations transfrontalières et décentralisées en Méditerranée, j’estime qu’elles méritent, à elles seules, tout un colloque. Plusieurs tentatives ont vu le jour à l’instar des programmes de jumelage, des initiatives bilatérales de coopération décentralisée entre des Etats de la région visant soit des secteurs spécifiques de coopération, soit l’appui au renforcement des capacités des administrations locales, les programmes de coopération transfrontalière introduits par l’Instrument européen de Voisinage et de Partenariat …Les dernières évolutions et la Déclaration de Florence remettent la question à l’ordre du jour. La mise en œuvre de nouveaux programmes de coopération décentralisée en Méditerranée dépend d’aspects politiques ainsi que de la capacité institutionnelle des acteurs locaux à concevoir et à mener à terme des projets de coopération avec le risque de création de nouveaux clivages.

Ce colloque était principalement universitaire. Seriez-vous intéressé par des échanges avec des "think-tank" tels que le Global local forum ? C'est une proposition que nous vous présentons, à Paris et/ou à Tunis.

Oui, ce colloque fut d'abord  universitaire et il a été voulu en tant que tel. Toutefois, ce n’est que l’un des nombreux formats d’activités organisées par la Fondation de la Maison de Tunisie depuis 2012 avec un réseau de partenaire qui ne cesse, fort heureusement, de s’élargir. La direction est très ouverte à toute initiative de débat, d’échange et d’ouverture. J’accepte avec grand plaisir la proposition de collaboration avec le Global Local Forum pour l’organisation à Paris d’actions sur des questions d’intérêt commun.

(Propos recueillis par Pierrick HAMON en lien avec Ezzedine OUNIS)