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Jeannot KOUADIO-UDAHOUSSOU : “Le Sommet de Yamoussoukro a mobilisé toutes les collectivités territoriales africaines contre le dérèglement climatique“


Jeannot Kouadio-Ahoussou, ancien Premier ministre de a République de Côte-d'Ivoire, ministre d’Etat chargé du dialogue politique, est président de l'ARDCI (Association des régions et districts de Côte d'Ivoire). À ce titre, il a présidé le Sommet des villes et régions d'Afrique pour le climat, les 24 et 25 juin à Yamoussoukro. Entretien.

Vous avez présidé le Sommet des villes et régions africaines sur le climat qui vient de se dérouler à Yamoussoukro. Pouvez vous nous en dire plus ?

J’ai en effet présidé, il y a quelques jours, le Sommet des villes et régions africains sur le climat. L’ARDCI, l’association des régions de Côte d’Ivoire, a fait de la question du changement climatique un point essentiel de son programme d’action. Nous avons, par exemple, décidé que chaque région de Côte d’Ivoire puisse créer sa forêt. Notre pays avait, en 1960, 16 millions d’hectares de forêt, et nous n’en somme plus aujourd’hui qu’à 2 millions d’hectares. Nous sentons effectivement l’impact du changement climatique sur le terrain. Nos paysans sont souvent désorientés avec la modification des cycles de pluies. D’habitude, à partir du mois d’avril, les paysans se mettent à cultiver mais les pluies jusqu’à aujourd’hui sont rares…

Cela nous interpelle. C’est pourquoi nous avons pris l’initiative, sous l’égide l’UEMOA, l’Union économique et monétaire ouest-africaine, d’organiser ce Sommet sous le haut patronage de son Excellence Monsieur le Président de la République Allassane Ouattara. Le Gouvernement ivoirien nous a immédiatement appuyé dans cette initiative. Le Président était d’ailleurs représenté par le Premier Ministre, Daniel  Kablan Duncan, accompagné du ministre de l’environnement.

Quels sont vos priorités ?

Le problème essentiel pour nous, c’est la sécurité alimentaire. Comment produire en préservant l’environnement, en préservant la nappe phréatique, etc… ? Comment nourrir cette population africaine qui connaît un taux de croissance encore élevé ? Toute l’Afrique était représentée à Yamoussoukro et pas seulement l’Afrique de l’Ouest, mais aussi l’Afrique centrale, l’Afrique du Sud. Tous les pays où les collectivités  locales existent. L’Afrique du Sud qui est sous statut fédéral était représentée par le maire adjoint de Cap Town. En dehors de la Déclaration de Paris sur le changement climatique, nous avons mis l’accent sur deux points essentiels, deux engagements prioritaires. Celui de mettre en place une Plateforme africaine des régions pour discuter des questions du changement climatique. Les collectivités locales sont le réceptacle des problèmes des populations. Le deuxième point, c’est l’engagement de demander à nos gouvernements centraux de verser 1 % des budgets aux collectivités territoriales pour créer un Fond de lutte contre le changement climatique.

Nous avons participé ensuite au Sommet de Lyon et demanderons que ces engagements soient pris, la Déclaration de Yamoussoukro étant versée au Sommet de Lyon et à la Conférence de Paris de décembre prochain. Nous attendons de la COP21 des engagements très forts. Nous, pays africains, nous estimons que il y a un dette écologique que les pays développés doivent aux pays africains qui ne produisent que 2 à 3 % de gaz à effet de serre.  Nous devons payer les conséquences du développement de pays du Nord. Nous avons demandé aussi que les pays du Nord puissent prélever 1 % de leur budget des collectivités territoriales pour appuyer les collectivités du Sud à accompagner dans la lutte contre le changement climatique, à avoir une agriculture résiliente et un production ….

Cela suppose un cadre légal qui s’impose avec un transfert des compétences et des ressources aux collectivités locales.  C’est un débat qui a lieu en France, un débat qui a lieu en Italie, un débat qui a lieu en Allemagne. Le soutien de Global local forum a nos initiatives a été de nature exceptionnelle. Global local forum nous a appuyé techniquement et nous a accompagné dans l’orientation pour aboutir au succès du Sommet de Yamoussoukro.

La création de cette Plateforme africaine des régions s’appuiera sur cette dynamique du climat comme sujet fédérateur dans une logique plus large d’harmonisation de nos politiques sur les questions transversales : économie, santé, etc.. Nous souhaitons en effet que les régions puissent se constituer en espace de dialogue et comme interlocuteurs du pouvoir central .

Un sondage IFOP publié ce mardi 30 juin par le Magazine Acteurs Publics met l’accent sur l’insuffisante formation des hauts fonctionnaires. 90 % des fonctionnaires réclament aux gouvernants un investissement politique et financier dans la formation. Qu’en pensez-vous ? 

Nos fonctionnaires comme agents de développement  et porteurs des valeurs jouent un rôle essentiel. L’adaptation de la formation s’impose et je comprends leur réaction. Il y a en effet une baisse du niveau de formation des fonctionnaires en Afrique. Il faut pourtant que les élus puissent aussi disposer, à leurs cotés de moyens humains indispensables, au service de nos populations. Mais il y a un problème de fond qui est celui de la faiblesse de la rémunération des fonctionnaires africains. Cette baisse des rémunérations crée les conditions de la corruption. De plus l’écart est tellement énorme entre les secteurs public et privé que beaucoup parmi les meilleurs vont vers le privé, y compris les … ONG. La formation aux notions modernes telles que les TIC, l’économie, les finances s’impose, avec aussi, une bonne compréhension de l’environnement régional et international.

(Propos recueillis par Pierrick Hamon. 30 juin 2015)

 

 

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