Partager sur :

Décentralisation au Maroc : l'interview de Dorothea RISCHEWSKIA publiée par Taâwoun


Merci à Elodie MARTELLIERE-SADOUK de nous avoir communiqué cette intéressante interview présentée dans la dernière "Lettre de Taâwoun" ci-après.

Tâaoun : En juillet dernier, la Fondation allemande Heinrich Böll a ouvert un Bureau à Rabat, rejoignant ainsi d’autres fondations politiques allemandes déjà présentes au Maroc : quelles sont les spécificités de la Fondation Heinrich Böll ?

Dorothea RISCHEWSKI : La Fondation Heinrich Böll est l'une des six fondations politiques allemandes. Chaque parti représenté au Parlement en Allemagne a le droit de créer une fondation politique. Chaque fondation est proche du parti concerné, mais elle est juridiquement indépendante et elle obtient des subventions financières par le gouvernement fédéral indépendamment du fait que le parti fait partie de la coalition gouvernementale où il siège comme opposition au parlement. Cela donne aux fondations une indépendance relativement grande et est en même temps un symbole de pluralisme politique, comme partie d'une démocratie vivante. Ainsi, le système des fondations politiques est aussi un résultat des multiples leçons que l'Allemagne a tirées après les expériences de la dictature totalitaire nazie.  

La Fondation Heinrich Böll se comprend comme partie du mouvement politique vert. Notre prête-nom est l'écrivain et le lauréat du prix Nobel Heinrich Böll qui défend une attitude envers laquelle nous nous sentons redevables : défense de la liberté, courage civique, tolérance et appréciation de l'art et de la culture comme des sphères indépendantes de la pensée et de l'action. La Fondation soutient avec d'innombrables partenaires dans le monde la démocratie et les droits de l’Homme. Elle oeuvre contre la destruction de l'écosystème mondial, encourage l'égalité entre hommes et femmes et veut défendre la liberté de l'individu contre la suprématie étatique et économique. Le bureau à Rabat est le cinquième bureau de la Fondation Heinrich Böll dans la région de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient: nous sommes représentés avec d’autres bureaux à Tunis, Beyrouth, Ramallah et Tel-Aviv dans la région Mena et nous coopérons également avec des partenaires issus de l'Egypte, de la Jordanie et de la Syrie. Il ressort de l'énumération de ces pays très différents que notre travail sur le terrain diffère fortement malgré les objectifs communs. Et cela est important pour nous: pour développer des projets, qui reflètent les besoins des gens et qui s'adaptent aux défis respectifs des sociétés et des systèmes politiques, conjointement avec nos partenaires dans chaque pays.

T : Pourquoi avoir choisi le Maroc ?

DR : Avec le Maroc, nous sommes maintenant représentés dans un pays important de l’Afrique du Nord, qui a choisi une voie bien particulière à la démocratisation. La culture politique du Maroc est encore peu connue auprès la population allemande, tout comme le système politique allemand n’est pas une référence au Maroc. L’objectif du travail des fondations allemandes est d’encourager l’échange entre ses deux cultures pour ouvrir l’horizon et élargir les connaissances des approches spécifiques. Dans certains domaines politiques, par exemple celui des énergies renouvelables, le Maroc et l’Allemagne sont considérées comme pionnières à l'échelle internationale. Les deux pays ont intérêt d’échanger leurs expériences concernant une transition énergétique réalisée d’une façon participative et bénéfique pour la population. L’existence d’une société civile très dynamique et forte qui aborde les problèmes et élabore des propositions de réformes politiques nous a encouragé de nous installer ici.

T : Quels sont vos axes prioritaires d’intervention ?

DR : Nous nous engageons dans deux axes prioritaires : la démocratisation et la durabilité, tout en ayant une approche transversale pour la démocratie genre. La fondation Heinrich Boell travaille souvent en partenariat avec des représentants de la société civile. Nous sommes encore dans la phase d’identification de nos partenaires stratégiques, et dans cette première phase nous assistons une variété d’associations pour mieux les connaître et mettre en oeuvre – avec elles – notre stratégie d’intervention pour les années à venir. Dans les deux composantes nous avons établi les objectifs stratégiques que nous souhaitons réaliser, et le choix des partenaires est fait selon la cohérence des objectifs. Nos moyens de coopération sont variés pour soutenir les activités du partenaire, qui peuvent être la sensibilisation, la formation, le plaidoyer. Nous disposons d’un réseau large régional et international d’expertise que nous mettons à disposition de nos partenaires, et nous facilitons l’échange entre acteurs marocains et acteurs dans la région et dans le monde.

T : Avez-vous prévu d’intervenir dans le domaine de la décentralisation, auprès des collectivités locales, en particulier sur les questions du genre et de la transparence ?

DR : La décentralisation est un chantier d’une importance politique non-négligeable pour le Maroc. La Fondation Heinrich Boell a établi comme objectif de coopérer avec des partenaires qui s’engagent concernant la redevabilité, qui est lié étroitement avec la décentralisation. Nous avons co-organisé avec le centre Jacques Berque en novembre 2014 un symposium sur la décentralisation, dans lequel nous avons rassemblé des chercheurs de tout le Maroc et de l’étranger, dans le but d’échanger à propos de diverses expériences. Avec notre partenaire Transparency Maroc, nous avons, en décembre 2014, organisé un débat avec le public sur la loi organique concernant la décentralisation, pour lequel nous avons invité 120 personnes représentants d’élu(e)s, les fonctionnaires et les organisations de la société civile. Dans le cadre d’un projet financé par le Ministère des Affaires Etrangères allemand nous avons, en janvier 2015, tenu une formation pour des jeunes acteurs de la société civile – ou la moitié étaient des jeunes femmes - concernant le concept et la pratique de la redevabilité. Ces activités montrent notre approche variée et riche pour aborder des thématiques comme la décentralisation, la redevabilité ou encore la transparence.

T : Est-ce que la HBS envisage de d’encourager les Allemands d’origine marocaine à mener des actions de développement au Maroc ?

DR : L’encouragement des MRE vivant en Allemagne de s’engager au Maroc n’est pas dans notre mandat. Les fondations allemandes sont mandatées par le parlement allemand pour l’éducation civique et politique. Nos activités au Maroc visent le renforcement des capacités de la société civile marocaine, et à un échange meilleur et approfondi entre le Maroc et l’Allemagne.

Contact et infos à Rabat : Elodie MARTELLIERE-SADOUK   marocoop@gmail.com

 

 

Documents à consulter