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Correspondant Tunisie (Gabès)


Ezzedine Ounis

Homme de culture, Ezzeddine OUNIS est né à Gabès où il enseigne comme professeur à l’École Nationale d'Ingénieurs  ainsi qu'à l’École Doctorale de l'Université. Après des études de journalisme (Institut de presse et des Sciences de l'Information), il se spécialise dans la langue et  littérature françaises (thèse de 3ème cycle) puis obtint un diplôme de l'Institut des Sciences Politiques de l'Université de l'Illinois à Chicago. Il se passionne pour les questions culturelles et le patrimoine du sud tunisien. Il a été président du Comité Culturel Régional, Directeur du Festival International de Gabès, président et sénateur de la Jeune Chambre Économique, Président de Dar Al Founoun dont le siège est le célèbre Houch Khraïef (monument classé de la ville de Gabes). Ezzedine, qui anime actuellement une Unité de Recherches à l'Institut Supérieur des Arts et Métiers et intervient souvent dans les questions relatives à l'environnement qui touchent le sud Tunisie, est un ami de longue date des initiateurs de GLF. Il est aussi un militant de la coopération décentralisée notamment avec Saint-Brieuc et les Côtes d’Armor. Témoin des derniers changements qui ont lieu en Tunisie, Ezzedine Ounis est  un partisan déclaré d'une politique de décentralisation qui romprait avec la politique antérieure, laquelle avait creusé les écarts entre les régions et mené à la révolution du Jasmin.

contact : ezzedineounis@yahoo.fr   /   http://www.global-local-forum.com/pages.asp?ref_page=6541

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Réfexions sur la Régionalisation en Tunisie

La révolution tunisienne a marqué le début du Printemps arabe et engagé le pays dans un processus de transition démocratique. Le pays a connu, depuis, des périodes d’instabilité politique et sécuritaire qui ont été plus ou moins maîtrisées – avec beaucoup de difficultés-  grâce à un processus d’entente et de d’efforts de concertations qui ont démontré une grande maturité de la classe politique et des diverses organisations nationales et celles de la société civile.

Mais,  nul doute qu’une réelle disparité économique et sociale existe enTunisie. La société tunisienne et ses élites ne doivent pas occulter les dangers qui guettent un pays dont 1 résidant sur 5 est un exclu.

Cyril Grislain Karray, consultant international et ancien directeur-associé de McKinsey & Company, l’a très bien expliqué dans son livre prémonitoire: "la Prochaine guerre en Tunisie" [i][1], édité en 2009, soit deux ans avant la révolution. L’auteur dont la thèse s’appuie justement sur l’exclusion, considère celle-ci comme  un danger pour la stabilité du pays, qui pourrait devenir une proie courtisée par des manipulateurs de tous bords, qu’ils soient  de l’intérieur ou de l’extérieur du pays. Pour faire face à cette exclusion, il est urgent d’accélérer un certain nombre de processus qui demeurent, hélas, pour la plupart, des vœux pieux et des slogans de circonstances. Parmi ces processus, citons, la décentralisation et la lutte contre les inégalités sociales et les disparités régionales, la création d’emplois, la lutte contre l’extrémisme et la contrebande, l’instauration des règles de la bonne gouvernance, la maîtrise de l’inflation…Mais il y a aussi d’autres défis dont il va falloir  faire face : en premier lieu, la culture du travail chez les jeunes qui est en fait la bataille la plus dure à mener. Et sur ce plan, c’est une autre révolution culturelle qu’il est nécessaire de réaliser ! Ensuite, le système éducatif qui ne cesse de buter depuis trois décennies au moins sur deux problèmes majeurs: la baisse des performances et le développement des inégalités sociales et régionales. La réforme de l’école apparaît pour certains comme la «mère des batailles» eu égard à la baisse du niveau, au laxisme dans le filtrage des élèves, à l’inadaptabilité des programmes ainsi qu’à la faillite de la structuration de ce même système éducatif (à titre d’exemple, tout le monde est d’accord pour réformer le système LMD, mais personne ne bouge le petit doigt !).

Mais revenons à la question de la régionalisation qui me semble l’une des causes fondamentales de la révolution tunisienne surtout si l’on considère le poids d’un demi siècle de gestion centralisée où tout se fait et se défait dans la capitale.

Il est certain que la régionalisation est à la fois un contrepoids et un antidote à l’instabilité politique que vivent la Tunisie et tous les pays du « printemps arabe ». Elle permet de rapprocher les processus décisionnels des individus, de tenir compte des particularités et des différentes identités (sociale et économique et culturelle), de répartir les finances publiques entre des entités territoriales plus ou moins prospères et, finalement, de renforcer la participation à la vie politique par l’ensemble de la population.

La régionalisation est la structuration de l’espace naturel. La démocratie est la structuration de l’espace public. En conséquence, le mode de structuration adopté par le régime politique influence d’une manière similaire la régionalisation et le système de gouvernance. En effet, le régime politique déchut de dominance et de dictature était caractérisé par un rapport instrumental à l’espace, une cartographie de la puissance, une sacralisation de la dominance et la mort du sujet acteur. Le gouvernement actuel, issu de la révolution, est en train de mettre en place un rapport symbolique et normatif à l’espace, une cartographie de la distinction, une démystification et déconstruction du pouvoir et une institutionnalisation de l’action démocratique.

La Tunisie est l’un des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient les plus urbanisés : près de 70 % de ses 11 millions d’habitants vivent en effet en ville. Le secteur urbain tunisien est la locomotive de l’économie nationale, assurant plus de 85 % du produit intérieur brut (PIB).[2]

Mais sous le régime précédent, avec un système de décision centralisé à l’extrême, les municipalités ne jouaient qu’un rôle relativement mineur dans le développement local, puisque leur part dans le total des dépenses publiques ne ressortait qu’à 4 %. Aux termes de la loi, elles n’avaient que des responsabilités fonctionnelles limitées.

Dans le sillage de la révolution de 2011, les autorités tunisiennes par intérim ont dû revoir de fond en comble le rôle de l’État et réévaluer la place des municipalités dans le développement urbain. La nouvelle Constitution adoptée au début de l’année 2014 s’engage ouvertement en faveur de la décentralisation. Ce texte défend une vision de l’organisation politique du pays dans laquelle des autorités locales, totalement investies de pouvoirs délégués et maîtresses de leurs décisions, remplissent leur mission de prestation de services locaux en toute autonomie et transparence, ainsi qu’en respectant les principes de participation citoyenne et de redevabilité vis-à-vis de leurs mandants.

En effet, le nouveau projet de constitution tunisienne consacre le principe de décentralisation comme mode de gouvernance privilégié. Le chapitre de la constitution consacré au pouvoir local dans lequel figurent 12 articles précurseurs d’un large chantier de décentralisation économique, politique et institutionnelle.

Selon l’article 128 de cette nouvelle constitution le pouvoir local sera désormais fondé sur la décentralisation « concrétisée par des collectivités locales comprenant des municipalités, des régions et des départements dont chaque catégorie couvre l’ensemble du territoire de la République conformément à une division fixée par la loi ». Aussi, l’article 129 dispose que « les collectivités locales jouissent de la personnalité juridique et de l’autonomie financière et administrative » et « gèrent les affaires locales conformément au principe de la libre administration. »

Enfin, la compétence en matière de coopération internationale des collectivités tunisiennes est explicitement énoncée par l’article 137 qui dispose que « les collectivités locales peuvent coopérer et créer des partenariats entre elles, en vue de réaliser des programmes ou accomplir des actions d’intérêt commun, et « peuvent aussi établir des relations extérieures de partenariat et de coopération décentralisée » selon les règles de coopération et de partenariat définies par la loi.

Mais le véritable test sur le terrain sera les prochaines élections municipales prévues fin 2016. Actuellement, la Tunisie compte 264 municipalités, toutes confrontées à de grandes difficultés financières et matérielles. Pas moins de 80 parmi elles n’arrivent  à payer leurs effectifs et assurer le minimum de prestation que grâce à l’assistance budgétaire de l’Etat. Le taux de recouvrement des impôts locaux est très faible, atteignant parfois 8 à 10% seulement des sommes dues. Quant aux engins utilisés pour l’enlèvement des ordures, ils ont subi en grande partie une forte dégradation. A titre d’exemple, la municipalité de Tunis, qui disposait de 80 bennes, n’en a pu sauver que 25.

En outre, 38 municipalités dotées d’une délégation spéciale, en remplacement d’un conseil municipal élu, ne parviennent  pas à réunir le quorum nécessaire aux délibérations et se trouvent ainsi paralysées. Un grand enjeu que représenteront cependant les élections municipales, la conquête du pouvoir local étant le fer de lance pour les partis politiques et l’occasion rêvée pour la société civile. 

La décentralisation des pouvoirs est primordiale pour créer un nouveau modèle de gouvernance – celui de la démocratie participative, basée sur la participation des citoyens aux prises de décisions, à la vie de leurs collectivités et de la société au sens large. Selon le principe de subsidiarité, les collectivités territoriales sont les mieux à même de faire remonter la parole des citoyens auprès des Etats et des Institutions. Plus qu’un principe, ce mot recouvre une réalité concrète : celle d’un échelon de décision qui sait tirer profit, d’une part, de sa proximité avec les citoyens et, d’autre part, de sa relation privilégiée avec l’Etat pour recréer un lien démocratique fort. C’est dans cette perspective que les prochaines élections municipales seront, à coup sûr, le véritable baromètre de la volonté de décentralisation et de régionalisation telles qu’elles aient été exprimées dans les articles de la nouvelle Constitution. La grande crainte de la Société Civile et des « forces vives » du pays, c’est que ces élections soient  trop politisées et que le réel souci participatif ainsi que les véritables problèmes de développement économique et social soient occultés et passent au second plan. So wait and see…

Ezzedine OUNIS, Membre du Conseil d'Administration de GLF

Gabes le 05 août 2015

Sur la Décentralisation en Tunisie et aillleurs, lire la contribution de la Professeure Mme Sabah Mallek (in Leaders):

http://www.global-local-forum.com/pages.asp?ref_page=10527

 

http://www.global-local-forum.com/pages.asp?ref_page=6541

 

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 Bertrand Delanoë veut se réinvestir au service de son pays natal

http://www.leaders.com.tn/article/bertrand-delanoe-veut-se-reinvestir-au-service-de-son-pays-natal-la-tunisie?id=13578&nuid=0&did=0

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Le diagnostic exprimé dans cet article est il trop sévère ?
à lire absolument pour se faire une opinion.
Gabes, le 09 / 03 / 2014

"La Tunisie de l’après Ben Ali rêve toujours sans se rendre encore compte qu’elle cauchemarde parfois. La Tunisie, celle d’une Gauche au discours encore estudiantin, qui rêve encore d’un partage direct de richesses qu’elle ne crée presque plus, comme pour le cas du phosphate. Une Tunisie qui évoque, sans le dire, la nationalisation. Une Tunisie qui ... " (lire la suite sur :   http://www.africanmanager.com/162972.html

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A l’invitation de Mabrouk Jabri, le Professeur Pierre Philippe Rey a donné une intéressante conférence ce mercredi 26 février  a la Maison de la Medina de Chenini-Gabes.  ( Ezzedine Ounis )

Cf extrait video :   https://www.facebook.com/photo.php?v=664432823602515&set=o.116961368320761&type=2&theater     

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3ème anniversaire du printemps tunisien

http://www.global-local-forum.com/pages.asp?ref_page=9126&tra_n_id=

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La nouvelle Constitution tunisienne, entre attentes et espoirs

http://www.global-local-forum.com/pages.asp?ref_page=9218&tra_n_id

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IRIS-Paris / 08 janvier 2014

La Tunisie vers un mieux ?

Le point de vue de Béligh Nabli, directeur de recherche à l’IRIS

http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article9068  

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Le FMI accorde à la Tunisie un prêt de 500 millions de dollars :

http://www.leaders.com.tn/article/le-fmi-accorde-a-la-tunisie-un-pret-500-millions?id=13258

Réagissant très favorablement à l’adoption de la Constitution et l’investiture du gouvernement Mehdi Jomaa, le Fonds monétaire international a accordé à la Tunisie 500 millions de dollars, dans des conditions parfaites. Réuni à Washington mercredi en début d’après-midi, le conseil d’administration du FMI a donné son accord à l’unanimité de ses administrateurs représentants du monde entier, exprimant ses félicitations à la réussite de cette phase très délicate de la transition démocratique. Le décaissement est immédiat et doit intervenir dans les 48 heures.  «C’est là un témoignage de haute appréciation et de réel soutien » souligne à Leaders une source informée dans la capitale fédérale américaine. « Le large consensus réuni autour de la constitution et du nouveau gouvernement ainsi que la mise en place de l’ISIE ont constitué des facteurs déterminants dans l’octroi de cette deuxième tranche» a ajouté la même source.. Dès son investiture mardi tard dans la soirée, Mehdi Jomaa a signé la lettre d’intention adressée au FMI. Mercerdi matin, heure de Washington et juste avant la réuion du conseil d'administration, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a tenu à l'appeler au téléphone pour lui présenter ses félicitations, relevant particulièrement le vote massif obtenu et l’assurer du soutien de l’institution. Tout au long de ces dernières semaines, le Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Chedly Ayari et son équipe avaient travaillé d’arrache-pied afin de faire aboutir la demande de la Tunisie, s’employant particulièrement à plaider en faveur de l’avancement des réformes engagées et de la levée des incertitudes quant à la clarification du calendrier politique. (LEADERS, mercredi 31 janvier 2014)

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La Rencontre avec le directeur de l'Instititut français,  Joël SAVARY,

et avec Pierrick HAMON, SG du Global LOcal Forum, 23 septembre 2013

http://www.global-local-forum.com/pages.asp?ref_page=8830&tra_n_id

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Rencontres de la coopération décentralisée franco-tunisienne à MONASTIR les 8 et 9 novembre

 par Ezzedine OUNIS, Correspondant GLF/Tunisie

Ambiance conviviale et bon enfant aux Assises de Monastir qui ont vu défiler, ces 8 et 9 novembre, les principaux acteurs et intervenants dans les relations bilatérales tuniso-françaises. Les représentants des collectivités locales étaient présents en grand nombre. Mais on n’a très peu vu les représentants de la « Société Civile »- surtout les associations- qui sont liés par des relations d’échanges et de coopération avec leurs homologues de l’autre rive. Doit-on y déceler la persistance de vieux réflexes de la part des organisateurs ? L’un des enjeux forts des rencontres de Monastir, c’est de préciser les axes de coopération prioritaires pour les prochaines années, en particulier dans les domaines de l’économie, de l’emploi ou encore du développement durable, avec le souci d’impliquer l’ensemble du territoire tunisien. Certes les discours étaient courtois, diplomatiques et empreints d’une grande amitié, mais cela n’a pas empêché la franchise et le franc-parler qui étaient de mise dans ce genre de rencontres.

Les tunisiens ont étonné leurs homologues français par leur diagnostic très critique à l’égard de cette coopération. Et pour cause ! Ils étaient surtout assez sévères quant à leur ancien système qui a pesé lourdement sur l’évolution de cette coopération. Le Ministre de l’intérieur,    M. Ali Laârayedh, a “ouvert le feu” en précisant que «la révolution du 14 janvier a montré que l’organisation de la décentralisation n’était qu’un système incohérent sans aucune vision claire,  politisé à l’extrême ». Il a ajouté que les collectivités locales « souffraient du manque de gouvernance et de la représentativité démocratique et de l’absence de transparence dans les différentes formes de gestion ainsi que de l’absence totale de responsabilisation» Il a conclu que « la Tunisie  encouragera la coopération décentralisée des collectivités locales et régionales et ce malgré les contretemps ». Prenant le relai du Ministre, M. Saïd Mechichi, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur chargé de la réforme a estimé, pour sa part, qu’il faut « libérer l’esprit d’initiative en matière de coopération décentralisée et faire en sorte que les collectivités locales saisissent les enjeux de l’étape pour sortir du carcan de la tutelle et s’attribuer l’autonomie de gestion ». Pour Bertrand Delanoë, Maire de Paris, reçu avec émotion et fierté, « l’enjeu est d’imaginer un avenir favorable au renforcement des relations d’amitié entre nos deux pays et à l’engagement de nouvelles actions de coopération décentralisée entre les collectivités locales françaises et tunisiennes. Certains blocages ayant été levés, l’objectif est que nos actions bénéficient aux populations ».

Historiquement, la profondeur des relations tuniso-françaises s’explique par plusieurs raisons. Outre la relative longue présence du protectorat français (75 années) et qui a laissé ses traces notamment au niveau de l’administration, des infrastructures, de l’éducation et de la culture, de nombreuses générations ont fait leurs études en France et ont contribué dans la construction du pays après son indépendance, souvent ″en transposant″ le modèle français, ce qui a toujours suscité de longs débats. Le tourisme et les relations économiques ont joué aussi un grand rôle. Ajouté à cela, les relations très actives jouées par les chambres de commerce et les structures patronales de part et d’autre.

Les relations nouées entre les collectivités françaises et les collectivités tunisiennes ont souvent été formalisées par des protocoles ou des accords de jumelage. Actuellement une vingtaine de villes tunisiennes entretiennent des relations de coopération avec 24 villes françaises (pacte de jumelage, accords ou protocoles de coopération, participation à des programmes européens) ; 33 accords de jumelage, une soixantaine de projets de coopération, qui, il faut l’avouer, n’ont pas abouti à grand-chose ! De même cinq Régions et cinq Départements français ont conclu des accords de coopération avec leurs homologues tunisiens.

Mais des difficultés sont apparues surtout durant les deux dernières décennies. C’est ce qui a été relevé, lors  ces Assises de Monastir, aussi bien par M. Mokhtar Hammami, directeur des collectivités locales au Ministère de l’Intérieur que par M. Imed Hammami, président des collectivités locales et régionales de l’Assemblée nationale constituante. Ces difficultés, on peut les résumer dans les points suivants : 

- Pressions de la tutelle française sur ce partenariat.

- L’évolution et le manque de suivi qui ont fait que certaines relations soient uniquement protocolaires.

- Une mise en œuvre des projets qui est lentes et qui a fait que certains projets demeurent sans suite.

- Un grand nombre de projets est centré sur des thématiques telles que la jeunesse, l’éducation, la culture ou l’environnement. Les projets à caractère économique, à titre d’exemple, sont peu fréquents.

D’où la nécessité d’insuffler un nouveau souffle à cette coopération en changeant de créneaux. Cela pourrait porter sur un échange des expériences et du savoir-faire concernant la démocratie locale et l’efficience du travail de la société civile. L’étape que traverse la Tunisie (prochaines élections et instauration de la démocratie participative), fait que ces créneaux ciblés soient d’une “utilité” plus directe. De façon générale, il est nécessaire de donner un coup de pouce à ces relations en les rendant plus dynamiques et plus ancrées dans les pratiques et pas seulement dans l’échange informel.  Mais il ne faut pas non plus restreindre la coopération à l’utilité immédiate. La coopération entre deux pays doit s’instaurer dans la durée. Elle doit avoir une vision stratégique et doit être bénéfique aussi bien pour l’un comme pour l’autre de façon égalitaire. Ces relations se veulent le symbole d’une coopération où la volonté de « travailler avec » se substitue à celle du « travailler pour ». Des thématiques nouvelles comme le patrimoine architectural et le patrimoine culturel immatériel, les questions environnementales (échange de savoir-faire dans la collecte et le traitement des déchets et plus particulièrement la gestion des déchets solides…), l’aménagement urbain,  l’implication des femmes dans le développement communal, les relations avec les leaders communautaires, la mobilisation des ressources locales, les stratégies pour assurer le recouvrement des impôts, l’élaboration du budget, la mise-à-niveau des cadres dans la fiscalité locale, les lotissements et la gestion du territoire communal et/ou régional, le transfert du savoir-faire, mais aussi la gestion des crises, la relation des collectivités locales avec les partenaires sociaux, etc. Par ailleurs, cette coopération se heurte à des choix politiques difficiles à surmonter : la difficulté de l’octroi des visas pour les tunisiens (surtout lorsqu’il s’agit de véritables acteurs de ces échanges), a beaucoup pesé sur les relations d’échange entre les collectivités locales et le tissu associatif. Il va sans dire que la coopération décentralisée institutionnelles (entre les institutions officielles) ne peut réussir sans les relations humaines de base qui sont tissées à travers les ONG et les collectivités locales. De l’autre côté, les autorités tunisiennes, d’avant la révolution, exerçaient un contrôle très serré sur les divers échanges. Elles freinaient tout élan de coopération basé sur une volonté profonde et sincère. Un manque de synergie entre les acteurs tunisiens du développement était un obstacle de taille. Il va falloir repréciser les enjeux de cette coopération décentralisée en tenant compte de :

l’élan démocratique en Tunisie qui encourage fortement à l’échange démocratique de base, à l’échelle locale.

- La nécessité, pour la France, de s’adapter à cette nouvelle donne générée par ce qui est communément appelé « le printemps arabe », et qui constitue un véritable laboratoire d’une nouvelle situation politique, sociale et même économique qui s’est accompagnée d’une réelle « révolution culturelle » dans les esprits et qu’il est nécessaire de comprendre et de suivre.  D’où la nécessité de revoir sa politique de décentralisation (l’approche, les moyens et même les hommes qui gèrent cette coopération).

- Il est temps de reconsidérer la coopération tuniso-française dans une perspective d’enrichissement réciproque et de respect mutuel.

- Il est nécessaire de cibler des projets concrets et précis tout en évitant les tutelles et les lourdeurs administratives qui risquent de ”tuer″ cette coopération.

- Les acteurs impliqués dans les échanges ne doivent pas être seulement des administratifs : la variation et l’enrichissement des délégations est nécessaire (impliquer, par exemple, des urbanistes, des universitaires, des scientifiques, des journalistes, etc.).

- L’idée d’installer un « ambassadeur » local, chargé de l’identification des projets et de leur suivi et qui joue le rôle de catalyseur, pourrait être retenue.

- Il est grand temps que la classe politique tunisienne (les partis) et les futurs élus incluent dans leurs réflexions et leurs programmes la question de la coopération décentralisée.

Qu’en est- il pour l’avenir ? De nombreux projets de coopération existent entre les régions, les départements et les municipalités françaises et tunisiennes. Formation professionnelle, gestion des déchets, animation culturelle, échanges universitaires : en créant des liens entre des structures de même niveau, la coopération décentralisée permet aux acteurs de terrain de nouer un dialogue direct, d’identifier des solutions de financement et d’engager immédiatement des actions concrètes, adaptées à la situation de chaque territoire. La volonté affirmée des autorités tunisiennes de mettre en place une administration décentralisée avec les acteurs de la décentralisation/déconcentration - ministère de l’Intérieur, Centre de formation et d’appui à la décentralisation (CFAD), Commission des collectivités locales et régionales de l’Assemblée nationale constituante, ainsi que les municipalités et gouvernorats ou la Fédération nationale des villes tunisiennes (FNVT) - a permis de relancer les initiatives de coopération avec les collectivités territoriales françaises.

Les différents acteurs de la coopération décentralisée arrivés de France, pour ces Assises de Monastir, avaient la nette volonté de renouer avec leurs partenaires tunisiens. Ils étaient venus pour ″voir plus clair” dans le nouveau paysage politico-social tunisien. Beaucoup de repères ont changé : les personnes qui étaient leurs vis-à-vis, les thématiques de coopération, les changements institutionnels et le cadre législatif, le degré d’engagement de la partie tunisienne… Ils ont trouvé un discours clair, direct,  sans ambages et, surtout, une volonté de rompre avec les vieilles habitudes de tout contrôler et d’avoir un droit de regard sur tout ce qui se passe dans cette coopération. Le mot que tout le monde semble bannir est celui de “ tutelle“. Reste qu’il faut patienter un peu, le temps que la nouvelle Constitution soit mise au point et que tout cela se concrétise dans un nouveau cadre législatif qui, tout le monde en est certain, va donner un nouvel élan à cette coopération. Il est grand temps de reprendre cette coopération institutionnelle, alors qu’elle dépendait des humeurs personnelles ! 

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Voir également :

Tahar BEKRI, le poête breton de GABES

http://tahar.bekri.free.fr/index.php?page=acceuil

et  

Abderrazak HAMOUDA

 http://www.global-local-forum.com/photo.asp?ref_page=7906#JMD

 

La Presse : http://www.lapresse.tn/12102012/56693/en-deca-des-attentes.html

 

Adel FEKIH, Ambassadeur de Tunisie à Paris :

http://ambassade-tunisie.fr/index.php/fr/l-ambassade

 

Francois GOUYETTE,  Ambassadeur de France à Tunis :

http://www.ambassadefrance-tn.org

 

Atlas de la Coop Dec France/Tunisie (DAECT-CNCD/MAE France) : 

http://www.cncd.fr/frontoffice/bdd-pays.asp?action=getPays&id=17

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/enjeux-internationaux/cooperation-decentralisee/appels-a-projets-et-fonds/fonds-de-soutien-franco-tunisien/

 

Le rôle l’Union européenne en Tunisie (3 janvier 2014)

http://www.leaders.com.tn/article/le-jeu-d-apprenti-sorcier-de-l-europe-en-tunisie?id=12895&nuid=0&did=0