Mamadou DIOR DIAW est un haut fonctionnaire du Gouvernement sénégalais. Il a, notamment, été en charge de la Coopération Décentralisée au Ministère de l'Aménagement du Territoire et des Collectivités locales de la République du Sénégal, sous l'autorité du Ministre Cheikh BAMBA DIEYE, maire de Saint-Louis. Mamadou DIOR DIAW qui vient d'être confirmé dans des fonctions associatives comme Secrétaire général du Global Local Forum Afrique de l'Ouest, fut l'un des co-fondateurs du Forum. Il a participé à la Rencontre-Débat organisée à Paris, le 17 avril 2012, sous la présidence d'Abdoulaye SENE, a l'occasion de la présentation de la nouvelle publication de GLF consacrée à la sécurité / souveraineté alimentaire. (cf plus haut).
Mamadou Dior Diaw, au lendemain de l'installation du Conseil des Collectivités Territoriales de l'UEMOA, Pourriez-vous nous dire quelques mots à ce sujet et nous préciser votre conception de la coopération décentralisée ?
Il est tout d'abord nécessaire de rappeler que le Conseil des Collectivités territoriales est un organe de la Commission de l’UEMOA, mis en place conformément à la volonté des Etats, collectivités territoriales et organisations sous régionales, comme une plateforme similaire à celle du Comité des Régions au sein de l’Union européenne. L’initiative du CCT émane des autorités étatiques et collectivités locales du Sénégal et du Burkina Faso, mais suite aux missions préparatoires, il a été constaté que l’échelon région n’existait pas dans tous les pays, d’où l’idée de retenir le concept de collectivités territoriales qui est plus large et englobant tous les autres ordres. L'installation du CCT s'est faite le 13 avril 2012 à Niamey, avec l'élection, comme président, du maire de la commune de Treichville (Abdidjan), M. François Albert AMICHIA. Des critères ont été définis afin que chaque état membre désigne six (6) représentants. Le Gouvernement du Sénégal mettant en application la loi sur la parité a fait désigner six (6) représentants dont deux (2) par ordre de collectivités locales (1 homme/1 femme).
La Coopération décentralisée devra jouer un rôle important dans cet espace car, ce nouvel outil permettra à l’UEMOA de mieux faire comprendre le rôle, la place et le statut des collectivités territoriales. La Coopération décentralisée est en train de se muer vers un partenariat où le dialogue entre les territoires sera mis en exergue, dans le sens où les relations seront inscrites dans des axes prioritaires des collectivités, à l’image des relations qu’entretiennent les Etats à travers la signature des Conventions. Dans cette sphère, la Coopération décentralisée va jouer un rôle important en essayant de prendre en charge les préoccupations des populations qui initialement n’ont pas été prises en compte par les Gouvernements centraux, nonobstant les efforts importants fournis par les Etats.
A votre avis, quel rôle les professionnels de la Coopération décentralisée, des collectivités mais également les réseaux, devraient ils jouer?
Ce CCT a en son sein des experts, plus particulièrement des élus avec des profils pointus pouvant jouer un rôle important afin que le conseil puisse prendre son envol. L’ensemble des acteurs du secteur auront à jouer un rôle important, à l’instar du Global Local Forum (GLF), nouvelle association, mise en place et qui a pour souhait et volonté d’accompagner cette initiative, en qualité d’opérateur. Le CCT démarre avec beaucoup de défis. Il est donc nécessaire que les experts puissent l’accompagner dans le cadre de la mise en place d’une stratégie globale, en vue d’atteindre des objectifs définis ensemble au préalable mais aussi d’ élaborer de façon consensuelle un manuel de procédures et dégager ainsi une feuille de route pour répondre aux préoccupations des populations qui est la base et l’objet sur lesquels le CCT devrait travailler. Il ne faudra pas non plus occulter la communauté internationale, notamment les principaux acteurs en son sein qui seront des partenaires privilégiés du CCT, soulignons aussi la volonté de l’UE de se positionner déjà comme partenaire financier du CCT, avec le Comité des Régions (CDR). Les associations de pouvoirs locaux de tous horizons, à l’image de OLAGI en Amérique latine et en Amérique du Nord NRG4SD, devront être mises à contribution et travailler en synergie avec le CCT car elles disposent aujourd’hui d’une expérience et peuvent servir d’exemple au CCT.
Vous avez évoqué tantôt le Global Local Forum, on sait qu’il a installé son siège à Dakar pour le Bureau sous régional et vous en êtes le Secrétaire général, pouvez vous revenir plus amplement sur cette Association ?
Global Local Forum est une association ou ONG internationale qui a pour objectif de susciter, mettre en débat les principes de l’approche territoriale et de la promotion des initiatives à la base. Il est présidé par l’Honorable Député Abdoulaye SENE. En effet, le bureau sous régional Afrique a été installé courant août 2011 à Dakar. Dans cette dynamique de développement et d’éparpillement d’initiatives, il se fixe comme objectif d’apporter une plus-value en échangeant avec les partenaires sur des problématiques non prises en compte par les acteurs déjà présents, comme l’Etat, la société civile, le secteur privé et les organisations de solidarité internationale (OSI). A travers le nouveau multilatéralisme prôné par le Système des Nations Unies, GLF va jouer sa partition en accompagnant les Collectivités africaines et à réfléchir sur des thèmes nouveaux, identifier des partenaires, analyser pourquoi le processus de décentralisation en Afrique en général, et dans l’espace UEMOA en particulier, rencontre des difficultés, apporter des remèdes aux difficultés et favoriser un brainstorming autour d’experts pour prendre à bras le corps certaines problématiques qui n’ont pas encore été débattues comme cela se doit. C’est une sorte d’Université «hors les murs» avec des acteurs qui pourront débattre en toute liberté de certaines préoccupations, conseiller et orienter ainsi mieux, au besoin, aussi bien les Etats que les collectivités et partenaires dans leurs stratégies de développement. Dans le cadre d’études menées par les Partenaires techniques et financiers, tels que la Banque mondiale, les coopérations française, italienne, belge et espagnole, pour ne citer que ceux là, GLF pourrait s’inscrire dans une logique d’opérateur et proposer des réflexions sur des thématiques bien définies.
Des cadres d’échanges autour des problématiques des collectivités existent déjà, à l’instar des rencontres d’AFRICITES. L’édition de cette année aura lieu à Dakar, quelle est selon vous la place que peut et doit occuper GLF lors de cet événement ?
GLF doit jouer un rôle d’opérateur et de laboratoire car il rassemble des experts aux profils variés qui pourraient, dans le cadre d’une bonne synergie, apporter une plus value dans les comités scientifiques et d’organisation d’AFRICITES. Au passage, je salue l’initiative de l’Etat du Sénégal d’appuyer financièrement l’organisation de cet événement mais aussi de faire coprésider le Comité d’organisation d’AFRICITES par le Ministre de l'Aménagement du territoire et des Collectivités locales et le Maire de la Ville de Dakar. Avec le nouveau Gouvernement du Sénégal, il est prévu d’organiser une réunion du bureau GLF Afrique pour préparer, prendre en compte cette échéance et apprécier dans quelle mesure l’Association pourrait prendre part dans le dispositif organisationnel mais également au comité scientifique d’autant plus que GLF a eu, de par ses newsletters, à traiter des questions qui feront l’objet de débats lors de AFRICITES, telles que sur le territoire, l’apport de la Coopération décentralisée dans la mondialisation et les politiques d’aménagement du territoire dans l’espace ouest africain. Les collectivités sont de plus en plus impliquées par les Organisations internationales et travaillent directement avec elles, non pas par méfiance à l’Etat, mais plus dans une logique de leur faire jouer un rôle dans la proximité avec les populations et de devoir répondre à leurs besoins et ceci en application du principe de subsidiarité. Dans cette logique de bonnes pratiques, il y a le Réseau des Directeurs de la Coopération décentralisée dont vous êtes membre, pouvez vous nous en parler ?
Rappelons deux dates repères : Une première réunion s’est tenue, à Marrakech, en décembre 2009, en marge des travaux d’AFRICITES, à l’initiative de la Délégation pour l’Action extérieure des Collectivités territoriales du MAEE ainsi qu’une autre, en parallèle, durant les travaux du Sommet des Régions du Monde sur la Sécurité alimentaire, qui s’est tenu à Dakar, du 10 au 14 janvier 2010. Les membres du réseau sont issus des huit (8) pays de l’espace UEMOA mais également de la Mauritanie et du Maroc. Ils sont dix (10) au total.
Les directeurs de la Coopération Décentralisée, dont je fais partie, ont eu l’opportunité d’échanger au cours de ces rencontres sur l’idée de mettre en place ce réseau. L’objectif visé étant d’apprécier ensemble les modalités d’appui aux uns et aux autres dans le cadre de leurs missions respectives. La décentralisation est une réalité dans l’espace UEMOA, dans les zones d’intervention de ce réseau mais elle évolue en dents de scie. Dans ce contexte précis, le Réseau pourra formuler des propositions, partager des expériences et recueillir des avis auprès de certains acteurs en vue de mieux renforcer ce processus qui est devenu irréversible. Il permettra au CCT de bénéficier de l’apport de l’expérience des experts pour travailler et définir des perspectives claires avec les autorités locales et analyser les synergies possibles surtout avec les organisations tant au niveau européen, sud américain qu’africain. Le CCT est un instrument d’accompagnement des collectivités locales permettant d’identifier les possibilités de partenariat, d’élaborer des outils, il ne peut pas se substituer aux collectivités mais vise à les renforcer pour dialoguer d’égal a égal avec les autres partenaires regroupés dans des ensembles analogues. Le réseau sera amené à collaborer avec le CCT, identifier la feuille de route du CCT à l’échelle de la Commission, mais aussi à développer des synergies à l’endroit du Comité des Régions (CDR) et de GLF qui est un nouvel acteur dans le paysage, ayant des experts habilités à l’accompagner.
Lorsqu’on parle de Coopération décentralisée, on est dans une logique de partenariats aussi bien avec les acteurs du Nord que du Sud, si le réseau tend à harmoniser les actions du Sud-Sud, qu’en est-il de vos relations avec les Directions qui s’occupent des collectivités territoriales dans les pays dits du Nord ?
Allant dans ce sens, il est prévu l’organisation d’un atelier avec les directeurs membres du réseau qui est en gestation et devrait être organisée courant 2012, probablement à Abidjan. Les Termes de référence ont été partagés aussi bien avec les membres du réseau qu’avec notre homologue qu’est le nouveau DAECT, à Paris, M. Jean-Michel DESPAX. L’objectif de cet atelier est de partager les expériences avec nos homologues du Nord mais aussi d’identifier les possibilités de partenariat sud-sud car ces partenariats sont très faibles alors qu’il ya nécessité de faire ce rapprochement entre les collectivités ayant des particularités en commun. A ce niveau, je dois vous signaler l’existence et la signature, dans le cadre du Programme ART GOLD PNUD, en ancrage aux ministères en charge de la coopération décentralisée, d’un mémorandum d’accord de coopération technique sud-sud, entre les parties nationales des pays comme le Maroc, la Mauritanie, le Gabon et le Sénégal. L’objectif visé est de renforcer l’échange d’expertises et d’expériences de bonnes pratiques dans les domaines de la planification locale, du développement territorial, des TIC et de la formation des acteurs de la décentralisation. L’idée de réunir les directeurs et de discuter avec les autres partenaires, est aussi de partager nos préoccupations et d’apprécier dans quelles mesures les collectivités pourraient bénéficier aussi de partenariats sur une base volontariste mais responsable.
Cités et Gouvernements locaux Unis (CGLU) intervient dans le même domaine que le CCT, le GLF et le réseau des Directeurs, quels sont les liens qui pourraient être tissés avec cette structure ?
Cites gouvernement locaux unis du Monde, présidé par le maire d'Istanbul, M. Tapir TOPBAS, regroupe l’ensemble des collectivités dans une association, et je tiens à signaler que CGLU a aussi une section africaine, dénommée CGLUA, dont le siège est à Rabat, et dont le Président est le Maire de Pretoria, M. et dont le Secrétaire Général est Jean-Pierre ELONG M'BASSI. Ce sont des instances de partage d’expérience, de promotion de la décentralisation et de mise en exergue des rôles et place des échelons infra étatiques qui, dans ce village planétaire, conformément aux orientations du multilatéralisme, accompagne les états nationaux, les organisations bilatérales et multilatérales, dans leurs efforts de développement. Des rencontres périodiques telles qu’AFRICITES ou les Assises de la Coopération internationale rythment la vie de ces Associations. Aujourd’hui, avec l’approche territoriale telle que pratiquée par le Programme ART GOLD, depuis 2010, pour la réalisation des documents de lignes directrices des régions pilotes, à savoir Louga et Ziguinchor, en appui à l’action de la coopération internationale, les niveaux infra étatiques et les orientations du multilatéralisme sont devenus une réalité au Sénégal. Mieux, les groupes de travail et les maisons du développement local créés constituent des espaces de dialogue politique et de concertation entre les autorités et acteurs locaux.
Les différentes rencontres d’AFRICITES sont des espaces de dialogue et de partage, le CCT s’inscrit dans cette dynamique et apprécier les synergies et pistes de collaborations claires et identifiables dès son installation officielle. En plus de CGLU, il y a aussi ORU/FOGAR présidé par Michel VAUZELLE, qui est dans la même dynamique mais chargée de promouvoir l’échelon Région dans cette nouvelle approche. Toutes ces instances devront travailler avec les collectivités locales en vue de leur permettre de pouvoir jouer pleinement leur rôle mais aussi d’identifier des sources de financement, notamment à travers la taxe carbone, mais orientées directement vers les collectivités territoriales, plus exposées aux facteurs à risques, surtout par rapport aux changements climatiques. La coopération transfrontalière constitue aussi un facteur de mutualisation des moyens des collectivités territoriales de part et d’autres des frontières et pourra œuvrer dans le sens d’une construction des nations, basées sur la paix et une nouvelle conscience citoyenne, facteurs d’intégration dans la sous-région. Il faut surtout souligner que la coopération transfrontalière, qui sera le thème de la publication 2013 de GLF, constitue l'une des formes plus abouties de la coopération décentralisée.
Avez vous une dernière observation plus personnelle ?
Je constate que ma responsabilité de DIRCOD, comme on dit dans le jargon de la coopération décentralisée, c'est à dire de Directeur de la Coopération Décentralisée, constitue aussi une passerelle avec mes fonctions de SG de GLF Dakar. Je salue l'ancrage de la DIRCOD dans le Ministère de l'Aménagement du Territoire et des Collectivités locales, au sein du nouveau Gouvernement du SÉNÉGAL. Cela facilitera l'articulation avec les autres outils et politiques dans le sens d'une recherche de meilleure efficacité et cohérence au bénéfice de nos populations.
Propos recueillis pas Pierrick Hamon
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